10 avril 2007
RENCONTRE : 11 (c'est pas trop tôt, quoi que !)
Il s’approcha de sa voiture, tint la porte à la douce, la claqua sur ce parfum qu’il ne nommait pas, fit le tour par l’arrière, et se mit au volant.
Elle ne disait rien comme vaincue et contente de l’être, elle savait que sa nuit finirait loin de ses habitudes et que le détour dont elle avait envie prenait forme soudain en ces heures profondes où le sommeil est roi.
Quelques trente minutes plus loin, il rentra dans son parking, coupa le moteur de cette limousine. Le silence emplit le véhicule, lourd de désirs en attente, le calme avant l’étreinte était palpable et sourd de promesses.
Il s’extirpa et refit en sens inverse le tour du véhicule, tint la porte de nouveau et la claqua dans un bruit feutré et rentré que les box alignés répétaient en écho.
Deux tours de clé, une impulsion sur l’éclairage, il laissa pénétrer la douce, jeta ses clés et sa menue monnaie sur la console du hall et s’avança contemplant les formes qui allaient s’offrir à lui dans ce décor néo design qu’il aimait regarder avec un éclairage tardif et peu lumineux.
Elle déposa son manteau sur le sofa et y posa dans un même temps ces jambes finement couvertes.
Un brin de musique douce accompagnerait bien ces instants, il fit donc jouer quelques rythmes latins mais binaires à souhait et alla chercher deux coupes pour un MUMM bien mérité.
Le bouchon ponctua un temps fort, pur hasard du rythme, il s’assit tout prés d’elle mais de façon à capter ce regard en attente et cette envie déjà bien présente, les verres se mélangèrent et les baisers aussi, la douceur de ces gestes et de sa peau créait une harmonie sensuelle qui déclencha en lui un fougue tactile qui s’initia le long de ces bas pour remonter en ces endroits secrets, mangrove fondatrice qui regorge de bienfaits et de douceurs exquises.
Le silence couvert par les notes transpirait de soupirs et les corps étaient seuls maîtres de ce moment futile ou les mots n’ont pas d’heure.
Elle se laissa dévêtir, et révéla enfin ce corps aux formes parfaites, dans un mimétisme parfait et peu vocable, elle osa à son tour découvrir le tourment de ces nuits solitaires, les deux corps presque nus ne formaient qu’un seul être et le sofa témoin des réjouissances certaines contenait ces assauts félins et fougueusement maîtrisés.
La sensualité qui se dégageait de leur étreinte les rapprochait en fait, il est des rencontres sensuelles qui ne se retrouvent guère dans la vie anodine et de ces instants hors du temps………………………….
08 avril 2007
RENCONTRE : 10 (enfin à table)
Il lui avait laissé le choix des agapes malgré des souvenirs douloureux de précieuses qui savaient profiter de cette offre sincère et délégatrice.
Elle avait choisi donc un restaurant pour amoureux de bonne facture, alignement gracieux de tables pour deux, bougies colorées qui animaient les tables de quelques reflets chaleureux, lumière au minimum pour deviner cet autre que l’on voulait voir chavirer sous les effluves d’un verre d’alcool, les couverts étaient dressés avec des brins de paille et la carte montrait un sens certain de l’esthétique et la façon enluminée de décrire des mets laissait augurer d’un voyage aux saveurs inconnues en ces heures lascives.
C’était leur deuxième rencontre et le charme n’opérait déjà pas comme il l’aurait voulu, malgré le rythme différent de l’un et de l’autre, il sentit que le déclic lui échappait comme chaque fois ou presque.
Elle était comme on imagine une femme dans ses rêves les plus visuels, c’était la même que dans ce bistrot de quartier à éclairage agressif, mais avec le talent de la mise en scène qui te fait chavirer d’entrée un spectateur lambda, et qui te dispense de compliments muets que tu contiens au fond de toi pour éviter les plates bandes des propos anodins dont elle devait posséder la collection complète en dix volumes reliés.
Il fallait donc trouver un angle pour éviter le pire et surprendre plus qu’agacer ? Mais il était fatigué aussi de cette rencontre et la volonté avait fait place à un attentisme désenchanté.
Il la trouvait moins belle en fait et plus fardée, le soleil avait laissé aussi des traces en fin de saison et la peau démontrait une exposition ridicule de par ses ridules et ses expressions figées.
Le charme est une notion masculine, dommage que celui-ci ne puisse accompagner les années où la plastique féminine va laisser place à un combat sans issue où la cosmétique et les artifices audacieux et onéreux, vaillants soldats ne pourront transformer une éphémère attirance en un charisme sain et grisonnant.
Injustice en fait où s’enferment les douces, mais comment faire autrement ?
Elle ne dérogeait pas à la règle et la façon pathétique dont elle essayait de maintenir une fraîcheur enfantine n’avait d’égale que le masque brillant des lueurs assassines que les lucioles complices activaient face au néant.
La magie avait disparu et avec elle une partie de ce désir qui occupe l’esprit le long de ces files automobiles à radio fixée sur le CAC 40 et à imaginaire embarqué.
Face à elle, et dans ce don d’ubiquité qui l’aidait face au désir d’en finir, il laissait revenir au seuil de ces pensées, le souvenir de la lecture ciselée d’une douce courtisane et s’imaginait en découdre avec les mots et la plastique dans un jeu de paume et sans filet.
Il avait une quête, un graal, en fait, réunir en un seul être, une plastique et un talent créatif, mélange de formes et de fond, alchimie du paraître, de la vacuité première et de l’érudition et du savoir, une pincée de dérision qui donnait le ton d’un parcours, une once de recul et une mesure de hauteur sans condescendance.
Voilà ce chemin qui le menait vers l’autre, visiblement, ce soir de plus serait encore le rituel café sans l’addiction mais la courtoisie lui fit entretenir un bon moment et découvrir sous les apparats, un âme sensible, quoi que figée dans des paradoxes qui ne peuvent avoir de sortie sans un réel désir de se savoir muter.
Tout en écoutant la douce se débattre dans des dérélictions, il songeait à la façon que celle-ci pourrait décrire ce moment de vie, et si elle possèderait le talent pour tenir en émoi le lecteur anonyme qui se verrait ainsi dans ces histoires anodines.
Quelques instants plus tard, ils firent quelques pas à l’abri de ruelles ruisselantes, la pluie printanière ajoutée aux reflets des quelques véhicules égarés donnait un cadre idyllique pour un ultime baiser, elle l’enlaça comme pour le remercier de ce moment hors du temps, ils s’embrassèrent en silence et en volupté, lui savait le coté définitif de cet ultime rendez-vous, mais savourait enfin ces moments indécis où tout bascule enfin et où les émotions, pulsions et désirs se mélangent annonçant à venir des effluves de plaisir……………………………………..
06 avril 2007
RENCONTRE : 9 ( constat...... à l'amiable)
Des râteaux, il en avait une collection, il en connaissait les prémices, les signes annonciateurs, les formules et la façon de les ranger dans la cabane de son jardin secret personnel.
Il avait essuyé des refus autant que de vaisselle du temps de ses études et de son début de vie familiale.
Des bâches, il en avait aussi de quoi faire un joli campement.
Il en avait senti des refus positifs, fermes et courtois, des envies que l’on évite, des reculs devant la peur de l’échec et du savoir de la douleur d’une rupture.
De la fuite dans les idées, elles en avaient pour la distribution d’outils de jardin, mais au hit-parade jardinier, le râteau arrivait bien avant la pelle et la brouette japonaise.
Il savait qu’à son âge, une histoire commence par une tonne de questions existentielles, et que passé la trentaine et quelques souffrances, l’esprit et le cœur participent d’une histoire d’amour ensemble et qu’à aucun moment, l’un va laisser l’autre y aller seul.
À vingt ans, le cœur y va solitaire et arrogant, vaillant chevalier sans armure, qui part au combat en ne pensant qu’à la victoire et ne se doutant pas que la bataille va faire rage parfois et laisser sur la route des désirs amoureux, des passions contrariées, des envies bafouées, des destins tragiques, des marques indélébiles, des blessures assassines, des peurs fondatrices, des manques de courage, des revanches imbéciles, des luttes de vouloir, des instants indécis, des solitudes sombres, des promenades infirmes.
Bien après, ces deux qui ne forment qu’un, deviennent compagnons pour le meilleur et le pire, se consultant sans cesse et se contredisant, laissant des nuits orphelines et des matins grinçants, mais que retient-on vraiment, et que décide t-on de ces luttes intérieures qui te font ressasser sans fin des tourments anodins qui se résument souvent à un jeu de bascule, où chacun veut rester maître de sa vie et gérer son désir, alors que l’on succombe du fond de ses entrailles à cette envie première de fusionner celle-ci, de l’offrir en partage et souvent en pâture.
En deux mots et quelques années, il avait connu tout ce qu’un homme de son temps, un peu sale gosse, un peu gendre idéal, peut rencontrer au cours de sa vie amoureuse.
Mais là, il lui fallait sortir la panoplie des grands jours et du carnaval de Venise ainsi que des capteurs très fins pour décrypter les miettes de proximité que la douce laissait traîner sur le sol et la moquette.
Pourquoi en fait, continuait-il à entretenir cette relation frustrante, lui qui pensait que le hasard n’est pas une donnée fondatrice, que les gens que l’on croise sont tous mais alors tous là pour te montrer ou t’apprendre quelque chose.
Elle avait donc croisé sa vie, enfin un instant de celle-ci, et il avait croisé la sienne, dans quel but et à quelle fin ?
Lui allait au bout de sa logique, sachant que tout cela lui servirait plus qu’il ne pensait, il savait aussi que la lassitude le gagnerait de façon douce et indolore et que l’espacement se ferait de façon assez simple et sans aucune diatribes belliqueuses.
À force de ne rien désirer et de ne distiller aucun signe infime d’une curiosité naissante, elle lui donnerait l’envie de mettre son talent épistolaire et son sens de la communication au service d’une recherche qu’il reprendrait tranquillement à sa façon.
Il gardait le souvenir de cette belle inconnue qu’il avait croisée un jour et qui lui révéla plus tard qu’elle n’avait pas su voir derrière la façade, la profondeur de ce sale gosse trop bien habillé et ce talent certain caché sous une armure faite de dérision peu commune.
C’est un chemin de vie que d’aimer les femmes et de mirer sans fin des formes cultes, d’avoir ce regard en éveil et ce plaisir, certain de contempler comme une toile de maître, ces formes qui chavirent et font de nous des hommes.
Ce renvoi narcissique que l’on recherche en vain n’a que faire des projections en fait, et savoure l’instant comme on le fait d’un met, assis aux bras d’une douce qui reflète enfin, ce doux rêve secret de conquête infime qui remplit souvent de chagrin mais qui s’ouvre aussi à la volupté d’échanges incertains qui ne tiennent toujours qu’à un fil.
Après quelques échanges, ils avaient convenu d’un dîner pour la fin de semaine………………………..
04 avril 2007
RENCONTRE : 8 (étirement)
De cette solitude il avait organisé le moindre recoin et le sablier qui « timer » son planning.
Ainsi tous les matins, après le café serré et le nuage de lait qui se dissipe, il allumait son PC et faisait le tour de sa vie virtuelle, blogs, mails, et autres contacts inconstants via sa messagerie.
La toile était tissée, sérieux refuge en ces temps venteux où le dehors effraie et où le confort douillet d’une couette est un artéfact trop plaisant pour en déceler les limites assez visibles.
En fait depuis quelques temps, il s’était senti attiré par une douce aimante.
Il était fasciné par cette façon élaborée et si naturelle qu’elle avait de tenir ce lien et cette attirance à une distance respectable et de gérer un discours qui ne l’était pas moins.
Le coup de foudre n’était plus de son monde, elle ne faisait plus confiance en son cœur fragile et laissait la raison et la maîtrise régler le quotidien, douce bataille intérieure entre une sécurité affective de par l’absence et une adrénaline que seule la barrière franchie peut créer.
Elle distillait les mots, comme un élixir, sans jamais baisser la garde, c’était pour elle, s'affaiblir. Le virtuel lui déplaisait fort disait-elle, mais dans une duplicité douce et réelle, elle mettait une photo sirupeuse en ligne dont elle ne savait que trop qu'elle ne pouvait être destinée à des fins amicales de copinages, en effet met-on une telle photo évocatrice d'un corps enivrant pour discuter avec des copines et encore moins des copains fussent-ils très clairs et sains d’esprit.
Dans ce terrain de jeu informel, exhibe t-on de cette façon, à la vue de son relationnel, fut-il en 2d, son corps partiellement dénudé et évocateur de désirs en jachère, ou s’en tient-on plus souvent à une photo de soi valorisante certes, mais anodine quand à la charge sensuelle et évocatrice?
La photo dévoilait une femme d'âge moyen alanguie sur le ponton d’un bateau de taille moyenne, les cheveux d’une blondeur extrême masquaient à peine une épaule dénudée et un maillot de bain blanc dont on sentait qu’il mettait en valeur une poitrine idéale.
Le hâle rajoutait à la prise de vue, et je m’imaginais cette photo à la vue de copines et amies certes sincères mais légèrement agacées par une plastique élégante malgré les ans et une pose qui ne laissait aucun doute quand à la qualité de ce corps vieillissant que le soleil avait coloré de façon somptueuse.
Non, il était clair pour peu que l’on veuille bien le sentir, qu’une telle photo n’avait d’autre but que de déclencher une addiction sans compromis.
L’autre hypothèse était de penser à un narcissisme exacerbé qui sonnait le glas des quelques années encore où le physique pourrait l'aider mais qui collait mal avec les mots et les propos qui sortaient avec parcimonie de cette image mystérieuse.
Mais que sait-on de ces manques de confiance en soi que l'âge distille et qui se cachent derrière des sûretés dimensionnelles et des tissus élaborés.
Face à ce délice visuel qui devait se faner un jour, soit le contact masculin était seul et sans passion amoureuse, et la porte s’entrouvrait sur des fantasmes devant une invitation photographique avérée, soit il n’était pas seul et sa douce devait se tenir loin de l’écran si elle ne voulait pas se poser quelques questions légitimes quand à l’ambiguïté d’un échange avec une telle plastique.
C'était un de ses paradoxes, il lui avait semblé en fouillant dans ses archives relationnelles qu’à chaque fois qu’il avait eu sous les yeux ce genre de photo d'une douce, c'était à usage unique et dans un but bien précis de jeu de séduction, aucune femme, lui semblait-il, ne s'affiche de la sorte en dehors d'un désir de conquête en filigrane.
Cela lui rappelait un ami pourvoyeur de tissu qui s'amusait du balai des féminines entre deux âges qui exhibaient au fur et à mesure de leur vie leurs formes à des fins rassurantes et de ces jeunes filles qui se cachaient quand à elles des regards indiscrets n'ayant rien à prouver ni personne à rassurer.
Elle avait donc besoin d‘un renvoi narcissique énorme qu’elle cachait avec talent sous un détachement suspect qui collait mal avec une douceur de voix et un débit dénué de mauvaise foi.
Au hasard de livres parcourus, il avait bien lu que la parole représente dix à quinze % du contenu d’une relation, bien d’autres formes de communications sont à comprendre pour celui qui ne veut se perdre dans les méandres ambigus des ambivalences et des interférences entre les mots énoncés et souvent non-dits et les attitudes infimes et les gestes anodins qui signent plus souvent qu’à leur tour un désir ou tout du moins une curiosité affective que l’on enfouit au fond d’un sac et qui dépasse toujours par un bout.
Pour un œil avisé, c’est ce que l’on cache le plus qui se voit le mieux, et savoir se débarrasser des leurres et autres artifices qui font d’une rencontre un labyrinthe est un exercice de survie prioritaire pour qui s’avance en des terres où le maquis est une règle d’or avec ses codes, ses phrases inversées, ces questions sous forme de sentence.
Il lui appartenait de capter tous ces mouvements et tous ces faits et gestes anodins pour poser la toile de cette relation qui se refusait à lui mais qui soufflait le chaud, le froid, et le tiède comme elle disait, mélange de douches journalières, où le moindre propos à chaleur plaisante était balayé par un propos concis, cassant et jouant plus que de raison sur la syntaxe et la forme.
L’art de jouer avec le verbe rentrait en résonance et permettait de bien gérer le niveau désiré de l’échange tout en se refusant de façon douce mais réelle………………………..
03 avril 2007
RENCONTRE : 7 (douche et bain moussant)
Il rentra chez lui, se servit un verre de rosé, mit un fond musical tonique et s’installa sur son sofa, longtemps qu’il n’était rentré d’une rencontre issue de son clavier avec une émotion au ventre et une envie de poser les choses.
Depuis longtemps, il savait gérer ce temps imparti où la première minute donne le ton de la relation et où la sensation primitive va situer le contact à un niveau soit libidineux pur, soit charnel et sensuel, où va se faire projeter une vie à deux entouré des siens voir plus.
La proportion d’échec est en rapport direct avec sa propre notion du compromis relationnel, lui ne pratiquait pas cet exercice périlleux qui te fait croire sans cesse que ta vie est pleine de félicités et qui te fait échouer devant des schémas de vie récurrents et douloureux.
Il avait bien compris dans sa première histoire que ce choix de rupture et de fracture de vie était un signe d’un désir autre, d’une autre voie, d’un chemin en friche à explorer, et non pas d’une erreur de casting comme il est trop facile parfois d’accuser l’autre pour se soulager soi-même d’un fardeau inutile à ses propres yeux tourmentés.
Alors il en avait croisé des désirs en attente, des soupirs étouffés, des amoureuses folles, des envies d’oublier.
Lui savait que son départ, et ce revers de manche qui balayait le légo patiemment construit avait un sens plus profond que ne le laissaient croire les apparences de beau gosse courtisé qui aurait subi le coté sombre d’un pouvoir de séduction qui mène au tourment et au chaos familial.
Il sentait bien au fond de lui qu’il restait à inventer un autre chemin qui permettrait un échange et une fusion sans générer de confusion ni de compromis douloureux et muets.
Elle rentra elle aussi chez elle et se fit couler un bain, alluma quelques bougies, baissa d’une octave l’intensité lumineuse et se glissa dans l’eau sans éveiller le moindre remous.
Pensive, et rêveuse tout à la fois, elle aimerait bien succomber une fois encore mais la leçon avait été trop violente et harassante pour ne pas se protéger de ses propres envies et de ses tourments indicibles qui te font désirer la morsure d’un désir naissant.
Ils avaient sans le savoir vraiment la même approche ou en tout cas le même tourment face à la vie à deux, chacun à sa manière gérait son rapport à la solitude qui n’est en fait qu’un rapport à soi-même, à sa façon de se supporter et de se regarder sans complaisances aucunes……………………………………..
01 avril 2007
RENCONTRE : 6 (qui n'en finit pas)
Elle s’était inscrite plus par mimétisme que par désir soudain et profond de rencontre, c’était l’air du temps de communiquer par clavier interposé et d’échanger par delà son cercle régulier.
Son deuil, elle l’avait entamé quelques mois auparavant en décidant de quitter cette prison dorée où le confort venait en résonance avec la vacuité factuelle des échanges sans plus aucune saveur.
Dieu qu’il est long le chemin qui te mène au refus et rare est le courage qui te fait reprendre ton sac et tes affaires pour aller voir plus loin si l’on peut se retrouver enfin.
Les hommes étaient à ses pieds mais la ramenaient plus que de raison à cette image certes facile à vivre mais qui masquait chez elle la quête d’un ailleurs différent, où la parole inscrite et le propos de vie donnaient à son parcours le suc qui manquait dans ces pièces élégamment décorées mais qui ne respiraient guère sous les convenus nombreux qui sévissent en ces lieux.
Elle promenait donc son parfum aux senteurs assassines de façon détachée, du moins en apparence et déroutait bon nombre qui croisait ce regard et ces photos intimes.
Elle nouait le contact sans but avoué et laissait faire les choses sans les vouloir vraiment.
Ce savant mélange incertain d’envies de découvertes et ce dédain certain pour la parodie masculine qui fait pérorer de façon ridicule et inutile des courtisans fébriles en attente de renvois narcissiques, ce doux mélange donc donnait de l’épaisseur à cet être vibrant de mille paillettes au creux de ces écrans.
Au détour de propos, elle attirait vers elle, des désirs en attente, des passions amoureuses, des envies de printemps, des sorties annuelles.
Le paradoxe faisait quand même partie de sa vie et donnait de la profondeur à ce mouvement fait d’une plastique irréprochable, et d’une soif de culture trop longtemps laissée en attente.
Elle aimait l’écrit comme pour tester le prétendant, sa sélection à elle, prenait la forme d’une qualité épistolaire et d’échange, sorte de jauge qui pouvait lui donner un début d’envie et de partage.
Le parcours était un parcours complet, rapport à l’esthétisme, sens du dialogue, discours non descriptif de la vie et des gens, humeur du temps et saveurs des tourments indociles, il fallait passer au-delà du miroir pour espérer enfin entr’apercevoir les tourments de la douce et décrypter enfin sa quête intime cachée au fond d’une sagesse et d’un détachement certain.
Sa beauté faisait écrin et barrière en même temps et la protégeait des assauts imbéciles et des propos fumants et désastreux plus souvent qu’exquis.
Il était donc du lot de ce hasard qui fait qu’un beau matin, on se lève en pensant que son esprit vagabonde de façon insistante sur une envie naissante qui puise dans le rapport à la solitude l’essentiel de son tourment et qu’il est peu commun qu’un échange dépasse le cadre minuté d’un échange virtuel à touches appuyées.
L’écran éteint, la magie continuait d’opérer, et ça, c’était peu fréquent en ces lieux de rencontres consuméristes où l’autre n’est souvent qu’un support illusoire et éphémère qui disparaît aussi vite qu’il est apparu et qui ne laisse aucune effluve.
L’insipide du tapotement sur clavier laissait place à une poésie qui attirait la douce mais le chemin allait être long pour approcher la féline qui n’avait trouvé mieux pour se protéger des blessures antérieures, qu’un détachement sincère et un humour léger mais tenace.
Une telle distance ne pouvait trouver sa source que dans un souci de surprotection, signe de fragilité et de douceur intérieure qui devait augurer de douces heures en cette compagnie féminine.
Ils finirent leur verre, se dirent au revoir, chacun remonta dans sa voiture, le suspense restait entier…………………………………….
30 mars 2007
RENCONTRE : 5 (mélange de pinceaux)
Un martini blanc accompagné de deux glaçons et un perrier tranche comme témoins, la lumière incertaine en ces heures distantes, ce mobilier accessoire inutile, le décor était là malgré nous, tout cela n’avait que peu de sens en ces moments où le temps s’écoule sans référence, où tout est en suspens, comme vaporisé, brumisation de tourments, vapeur d’humeur hésitante, elle était là face à lui, regardant du fond de cette banquette ce sale gosse qui se débattait dans ces paradoxes et ces approximations qui font craquer les murmures et ce à des fins inutiles, la messe était dite, le premier instant avait suffit pour savoir qu’elle aurait cet homme et qu’elle l’envouterait malgré son air de maîtrise et sa façon de jongler avec les mots, virtuose du phrasé élaboré, du verbe ciselé, concis et varié, de la description métaphorique à but évocateur.
Ses yeux brillaient déjà de mille envies mais elle le laissait venir à elle et gérait à merveille la distance qui les séparait.
Elle jouait de la mise au point comme un photographe virtuose, et avait le verbe court pour formuler et résumer le déluge de mots qui s’étalait pitoyablement entre eux.
Elle savait qu’elle ne tiendrait pas rigueur de cette approche remplie d’humour et d’empressement, féline elle était et le serait là aussi.
Trentenaire, quelques mariages et quelques divorces plus loin, elle savait le cycle qui régit une relation amoureuse, des premiers émois et sensations à la chute qui se lit très rapidement mais qui se masque longtemps et qui jaillit un jour au détour d’une lassitude excessive.
Elle était donc à la sortie d’une histoire et avancait vers sa vie et donc vers l’autre........................
28 mars 2007
RENCONTRE : 4 (premier plat et première platitude)
Ils étaient assis l’un en face de l’autre et sur la droite en entrant, en fait face à la porte des toilettes et sous la bouche de ventilation.
L’odeur, le bruit, les allées et venues incessantes de la gente féminine à vessie minimum et miction répétée animait le passage et ponctuait les balivernes qui fusaient au dessus de la salade du marché pour madame et la charcuterie maison pour monsieur.
Du virtuel, on était passé au pitoyable sans paliers de décompression, certains couples mettent quelques années pour n’avoir plus rien à échanger, là on allait toucher le fond au bout de deux heures et il y avait encore un certain chemin à effectuer avant de renoncer.
Oh puis non, c’est trop dur à écrire comme cela….
Elle était comme on imagine ces rêves. Elle sortit de sa voiture avec une élégance certaine, et s’approcha de lui en déposant un baiser du bout des lèvres en signe de bienvenue.
Finement vêtue comme pour être en harmonie, tout irradiait chez elle de par cette allure et cette démarche qui te font poser un temps d’arrêt sur la vie et les choses comme happé par cette vue infime qui traverse tes émotions.
Blonde aux yeux verts, bottée, et gantée comme dans un autre siècle, elle indiqua avec douceur le plaisir qu’elle avait à poser son regard sur ces heures de conversations virtuelles………………………
27 mars 2007
RENCONTRE : 3 (l'apérot, oui la faute c'est exprès pour une fois)
La nuit était tombée depuis fort longtemps quand il mit son clignotant pour pénétrer dans ce parking souterrain.
Il n’aimait pas garer sa voiture en plein air, préférant lui trouver un emplacement douillet qui lui éviterait les coups et les rayures, lot de nombres de rêveries à quatre roues.
Elle était, quand à elle, arrivée avec les transports collectifs, son duplex, comme elle aimait le nommer (en fait, un deux pièces minable avec une mezzanine en bois qui sentait le pin et qui craingnait un max) se situant à deux blocs de ce lieu de rendez vous.
Vu la tonne de clichés échangée, ils ne pouvaient pas se rater, de plus la panoplie de Zorro et de poupée Barbie en plein mois de décembre place Bellecour à Lyon, ne pouvait laisser de marbre uniquement que le fier chevalier qui chevauche sans but précis une monture tout de bronze vêtue.
Ils ne pouvaient pas se louper, c’était déjà fait question accoutrement, pour le reste, le doute semblait ne pas les habiter et donc la jonction eut lieu comme prévu sous le regard amusé de badeaux attardés
Ils s’approchèrent l’un vers l’autre avec cette démarche pitoyable et gauche des deux amants qui se rendent compte qu’ils ont gardé leurs pantoufles pour aller au concert de Michel Sardou.
Après la bise appuyée et sponsorisée par une marque d’eau de toilette à usage industriel, ils décidèrent de s’engouffrer dans une brasserie afin de pouvoir échanger à l’abri, des regards langoureux et des phrases imbéciles d’une platitude propice aux ébats automobiles.
A ce stade relationnel, qui se situe entre les onomatopées et les phrases déconstruites, il n’y avait que peu de place pour la poésie et les envolés lyriques.
Lui venait de changer de camion, elle de supermarché, autant dire que le factuel était au rendez vous et qu’à l’issue de la fusion, chacun connaîtrait le charme d’un V10 de 6 litres de cylindrée et du code barre situé sur un pack de laid.
Comme un malheur n’arrive jamais seul, elle avait pris quelques photos pour expliquer, la consanguinité et le port des lunettes à travers les portraits de ses géniteurs, à savoir maman et le cousin Alphonse qui commis, un soir d’été, l’irréparable en rentrant d’un fête votive et ou la marquisette lui avait tapé sur le front et l’avait affublé d’un priapisme que seul la cousine pu sans le vouloir honorer.
L’alcoolémie chez le cousin lui faisait avoir des érections titanesques et douloureuses. Ce n’était pas là son moindre défaut, je vous laisse donc deviner les appendices mammaires qu’elle avait hériter du cousin.
Simple, elle se tenait à cinquante bons centimètres de la table et ce sans le faire exprès
Lui n’était pas en reste avec ce parcours zolien qui le mena de l’école primaire chez un patron peu scrupuleux à des fins d’apprentissage, autant dire que la joie irradiait ce premier rendez vous et que le péplum tristement ridicule de leurs deux vies allait donner à cette rencontre un goût amer à tendance amnésique.
Deux heures plus tard, la faim ayant eut raison de cet apéro, ils partirent à la pizzeria non sans avoir auparavant, échanger un baiser anisé plein de promesses et de catatrosphes à venir.
L’entrée dans le restaurant se fit avec une discrétion relative, aux déguisements mutuels se rajoutait un taux d’alcool qui donnait à leur démarche un coté ambulant et tout en courbes et lacets.
Ils s’installèrent non sans peine, et là, allait commencer un moment d’anthologie amoureuse et culinaire fait à base de sauce tomate, de baisers appuyés et ponctués de rôts salvateurs et de propos à l’emporte pièce sur le dépassement autoroutier avec un bahut de quarante tonnes………………………………………………
26 mars 2007
RENCONTRE : 2 (préapalabre)
Le dernier échange virtuel avait vu le rendez vous fixé au lendemain soir, en effet, le midi étant plus propice à un échange classique, le repas du soir leur avait semblé plus adéquat s’ils voulaient finir par un feu d’artifesse et un passement de jambes, en l’occurrence, plutôt du jambonneau.
Ils avaient chacun les photos de la partie adverse, et tout en sifflotant dans leur tutures, se donnaient de l’élan pour affronter la promise et le courtisan.
Déjà bien en avant dans l’après midi, elle s’était aprété plus que de raison afin ne pas décevoir son routier de chauffeur et s’était épilé afin de parer à d’éventuelles fouilles intra vestimentaires.
Elle avait fait réinstaller la choucroute qui lui servait de couronne et avait les pommettes de Bozo le clown un soir de spectacle en province.
Pour ce qui est du spectacle, on allait être servi, le pitoyable allait côtoyer le pathétique qui lui ne se tiendrait pas très loin du ridicule et du grotesque.
Lui de son coté n’était pas en reste. A peine descendu du camion, il s’était engouffré sous la douche pour astiquer l’instrument afin de le faire reluire avant l’exposition buccale.
Rasé de prés avec le parfum de superette qui va bien, il embaumait autant que la momie de Ramses lors de son décoffrage.
A eux deux, ils allaient irradier tous les lieux croisés, ce doux mélange de parfums à deux balles qui se répondait en échos aurait fait tourner de l’œil toute femme gravide, mais là malgré les appendices, rien ne gênait leurs odorats respectifs
Le bar des deux magots, voilà un lieu de rencontre qui va bien, PMU, Morpion, RAPIDO, odeur de cigarette et de vie enfumé, le lieu laissait augurer de la suite à donner.
Ca sentait la pizzéria Del Arte à dix lieues et le fromage dessert comme première félicité......................
