DIGRESSION VESTIMENTAIRE ET CAPILLAIRE

Mon truc en définitive, je m’en rendais compte au fur et à mesure de mes rencontres dans le cadre d'un labeur harassant, était de faire un état du désastre vestimentaire et capillaire de mes contemporains, et ce, à des fins enjouées et amusantes pour celui qui ne supportait pas le but de mes remarques légitimes et de bon goût.

Ces fameux autochtones ouvriers et leurs pendants encostumés étaient de toute façon bien obligés d’accepter mon aide humoristique et mes sarcasmes fort à propos, attendant dans un silence fielleux la fin du mois pour un virement minimum afin assurer le désastre de cette vie de banlieue à transport communautaire et odeurs prononcées.

Mon sens de la description désastreuse et de la métaphore alimentaire pour taper dans le mille et déceler une erreur infime dans l’accoutrement chevaleresque de mes collaborateurs me fit un nombre incandescent d’ennemis intimes, de salariés ulcérés, de sous fifres vexés, de lécheurs alléchés, de courbettes appuyées et de vengeances qui attendaient leur heure comme d’autres attendent la leur.

Certes se vêtir et se doter d’une coiffe personnelle et de bon aloi est un passe temps qui obère d’autres activités mais il en est de la façon dont vous désirez véhiculer votre image et votre fond.

De part mes fonctions et mon statut de nanti narcissique et de chef d’entreprise à tête de sale gosse, je me devais de prévoir et de budgéter une garde robe et une coupe décente quelque soit la période de l’année ou le moment de la journée.

L’élégance a un prix que beaucoup négligent, je ne sais pour quelles raisons. Combien de quolibets auraient pu être évités avec un costume à la coupe impeccable, combien de remarques justes et dégradantes auraient pu être esquivées avec des chaussures dignes de ce nom, combien de rires cachés auraient pu ne pas exister si les cheveux avaient respecté une bienséance qui sied en milieu collectif même si celui-ci est ouvrier.

Regardez bien autour de vous et ce ne sera que mélange de couleurs, de formes et de matières disgracieuses, certes le regard doit être éduqué et le verbe aiguisé, mais quand je pense aux heures et au budget que je consacre pour moi-même et pour mes enfants à cette fonction à but relationnel avec son prochain, je me dis que certains devraient faire des efforts et en nombre suffisant pour compenser l’indigence et la pollution visuelle que représentent des déguisements outranciers pour qui sait se recouvrir d’étoffes de talent coupées avec minutie par des tailleurs assis aux fonds de leurs échoppes.

Il en va aussi par ailleurs d’un mimétisme corporatiste qui ne supporte aucun écart, l’ouvrier ne s’habille pas comme l’employé, le commercial pas plus que le professeur fut il agrégé, le cadre sup. et le PDG.

L’ouvrier donc cumule sans le savoir une somme de mauvais goût que seul un acharnement imbécile peut justifier. Heureusement, la soulte mensuelle ne lui permet pas d’en rajouter, car ce serait un affront à nos yeux ébahis de tant d’audace dans l’erreur fatale.

Le salarié de base utilise souvent des matières issues de la chimie organique, donc pétrolifère, le plastique et les polymères à chaînes multiples ont la faveur et la sudation qui en découle (eh oui) rajoute à la vue, l’odeur en fin de journée.

Comme en principe il est voué à des taches qui réclament plus d’efforts physiques que cérébraux, la sudation est grandement amplifiée.

Hors, ces matières retiennent assez mal l’ingurgitation de cannettes de bières qui donnent une dimension à ces ventres très reconnaissables en ce milieu besogneux.

Tout est acheté en supermarché, bien entendu, pas le temps ni l’éducation pour promener en centre ville, endroit idyllique pour qui sait se vêtir et ou se trouve de jolies boutiques qui n’attendent qu’une chose, habiller le passant.

En somme un budget ridicule pour un apparat qui ne l’est pas moins.

L’employé diffère de l’ouvrier par le fait qu’il croit s’habiller comme le patron mais qu’il atteint rarement ce petit truc qui fait la classe et l’élégance, certes le costume est là, souvent mal taillé, mais peut on atteindre l’ultime pour une dîme ridicule, les chaussures sont plastifiés bien entendu, pale copie de modèles de banquiers.

L’employé fait la fortune de la copie, il s’essaye à l’art de l’achat de classe avec un budget somme toute limité et fréquente de façon assidue des boutiques qui copient sans vergogne des idées de créateurs acharnés et cotés.

En fait, l’employé s’habille de façon factice et essaye de faire illusion dans les rames de métro.

Tu rajoutes la valisette ou il emmène le soir du travail lui aussi factice et tu comprendras pourquoi il est si fier de ne pas ressembler à l’ennemi secret : le blaireau d’ouvrier.

Le commercial quand à lui rajoute à la panoplie de l’employé modèle, la voiture de fonction et le téléphone portable, la carte de visite et la panoplie ZARA, du nom de ce prolixe espagnol qui a su faire croire aux VRP exclusifs que le luxe était un concept et qu’une bonne coupe pouvait se copier à l’usage.

Des pieds à la tête combien en ai-je croisé au détour de salons, les chaussures acérées comme des dents de requins, la chemise extérieure et le pantalon rayé. Quelle facétie de se vêtir de la sorte à des fins marketing.

La soulte mensuelle est certes plus agréable, ce qui va permette de rajouter un ou deux accessoires qui vont finir d’asseoir cette image ridicule.

Arrive enfin le prof, la catégorie reine, l’anti consumérisme en milieu citadin, le choc visuel, la gène rien qu’à la vue, le trouble, le questionnement, l’ineffable en tissu, l’incroyable en tenue, l’à peine imaginable sous vos yeux et ceux de vos enfants, le prof et son pendant féminin la prof.

A vouloir créer des concepts, ils y sont arrivés, à vouloir se démarquer, ils ont atteint le graal du mauvais goût, du choix hasardeux.

La chemise à carreaux n’a pas été inventé pour des bûcherons canadiens mais pour des profs français qui du coup ressemblent à des bucherons canadiens, ils croient que la bové attitude avec sudation en corollaire est un étendard dressé à la face des dirigeants qui se moquent bien de toute façon de cet art premier qui consiste dans un mimétisme parfait de se doter d'apparats aussi disgracieux que ridicules dans ces classes surchauffées.

Ça commence par les chaussures orthopédiques en hiver, oui vous savez, les pantoufles de l’extérieur qui sonnent au doux nom de Mephisto, suivi dés que les beaux jours arrivent par des sandales tout droit sorti d’un film d’Astérix, l’art du bon goût à l’usage du rectorat.

Autant le prof suinte des aisselles suite au désastre précité, autant il s'aère les orteils avec précaution et méticulosité.

Lors d’un précédent texte, j’avais expliqué que les profs croyaient que DECATHLON était un magasin de prêt-à-porter, et c’est vrai que lorsque tu vois lors de réunions parents profs, la légèreté avec laquelle ils osent sortir et se montrer, tu te demandes qui a bien pu leur faire croire une sornette pareille.

L’apparence pour eux est une tare, le paraître, un camouflage indigent d’une vacuité consumériste, un effort en ce sens est un parjure, un écart, un manquement à la solidarité vestimentaire, une bouteille de parfum à la fête des pères et c’est la honte suprême, un cadeau inutile style un accessoire modeux et c’est une remise en question de l’éducation, de ces heures à scrabbleler sur des sofas aigris, de ces loupiots qui n’ont pas compris.

Ils ont une telle aversion à la consommation qu’ils ont un catalogue ou tu peux te vêtir des pieds à la tête et en profiter pour t’acheter un PC.

J’ai consulté un jour et j’ai dû consulter dans l’heure qui suivit, c’est vous dire.

Reste la coiffure et le collier, le fameux collier qui te donne l’air, et la sacoche, ah la sacoche !!!!!!!

Différents types de coupes, l’autarcique avec la tondeuse achetée sur le fameux catalogue, la larzacienne issue du plateau du même nom ou l’art de ressembler à un mouton dans un sens métaphorique inversé, l’issurte pour ce coté rebelle en salle des profs ou en randonnée et enfin la non coupe, celle qui fait chavirer, qu’on ne classe pas, que l’on ne peut d’ailleurs, le refus de ses gênes, je veux parler bien sûr du «couettou »

Petite couette, qui donne à penser que monsieur est un créatif à guitares allumées, à poèmes enflammés, et à toiles immaculées.

Le petit élastique qui va bien, qui donne le look au bonhomme et qui fait s’épancher la horde de précieuses aux pieds de leurs casiers ou s’entassent pèle mêle des secrets bien cachés, mais j’y arrive !!!!!!!

LA prof, celle qui n’ose se farder pour émoustiller l’équipage celle qui s’achète des pantalons comme un paysan s’achète un treillis, celle qui ne supporte pas que l’on puisse s’intéresser à autre chose qu’à son parcours, son cursus, ses diplômes, son intellect, son érudition, son savoir, ses recettes, qui se met en colère à la moindre connotation graveleuse, qui pense que la forme est une erreur cosmique, que l’apparat est réducteur et concerne les belles qui ne sont cérébrales que pour tenir debout et plus souvent allongés, qui confondent maquillage et fardage, qui veulent qu’on les aime pour leur vocabulaire, et se gaussent des talons qui forment les silhouettes.

La femme prof se frustre par mimétisme et montre de façon vestimentaire son tourment personnel entre le désir de plaire à son pédago qui fantasme en secret et de ne pas déplaire à son entourage professionnel.

Je n’ose imaginer la lingerie issue des plaines du sud des Etats-Unis ou le coton est roi qui affuble ces corps en attente de tourments indicibles.

Mais faire un scrabble avant de s’envoyer au septième ciel est une mise en bouche que seuls quelques Capessiens et agrégés goûtent avec plaisir.

Reste le cadre Sup et le PDG………... Mais ça vaut la peine d’un autre billet…………………..