Gagner sa vie ça coûte cher

Un chef d'entreprise looser aux prises avec des salariés qui ne le sont pas moins

06 avril 2007

RENCONTRE : 9 ( constat...... à l'amiable)

Des râteaux, il en avait une collection, il en connaissait les prémices, les signes annonciateurs, les formules et la façon de les ranger dans la cabane de son jardin secret personnel.

Il avait essuyé des refus autant que de vaisselle du temps de ses études et de son début de vie familiale.

Des bâches, il en avait aussi de quoi faire un joli campement.

Il en avait senti des refus positifs, fermes et courtois, des envies que l’on évite, des reculs devant la peur de l’échec et du savoir de la douleur d’une rupture.

De la fuite dans les idées, elles en avaient pour la distribution d’outils de jardin, mais au hit-parade jardinier, le râteau arrivait bien avant la pelle et la brouette japonaise.

Il savait qu’à son âge, une histoire commence par une tonne de questions existentielles, et que passé la trentaine et quelques souffrances, l’esprit et le cœur participent d’une histoire d’amour ensemble et qu’à aucun moment, l’un va laisser l’autre y aller seul.

À vingt ans, le cœur y va solitaire et arrogant, vaillant chevalier sans armure, qui part au combat en ne pensant qu’à la victoire et ne se doutant pas que la bataille va faire rage parfois et laisser sur la route des désirs amoureux, des passions contrariées, des envies bafouées, des destins tragiques, des marques indélébiles, des blessures assassines, des peurs fondatrices, des manques de courage, des revanches imbéciles, des luttes de vouloir, des instants indécis, des solitudes sombres, des promenades infirmes.

Bien après, ces deux qui ne forment qu’un, deviennent compagnons pour le meilleur et le pire, se consultant sans cesse et se contredisant, laissant des nuits orphelines et des matins grinçants, mais que retient-on vraiment, et que décide t-on de ces luttes intérieures qui te font ressasser sans fin des tourments anodins qui se résument souvent à un jeu de bascule, où chacun veut rester maître de sa vie et gérer son désir, alors que l’on succombe du fond de ses entrailles à cette envie première de fusionner celle-ci, de l’offrir en partage et souvent en pâture.

En deux mots et quelques années, il avait connu tout ce qu’un homme de son temps, un peu sale gosse, un peu gendre idéal, peut rencontrer au cours de sa vie amoureuse.

Mais là, il lui fallait sortir la panoplie des grands jours et du carnaval de Venise ainsi que des capteurs très fins pour décrypter les miettes de proximité que la douce laissait traîner sur le sol et la moquette.

Pourquoi en fait, continuait-il à entretenir cette relation frustrante, lui qui pensait que le hasard n’est pas une donnée fondatrice, que les gens que l’on croise sont tous mais alors tous là pour te montrer ou t’apprendre quelque chose.

Elle avait donc croisé sa vie, enfin un instant de celle-ci, et il avait croisé la sienne, dans quel but et à quelle fin ?

Lui allait au bout de sa logique, sachant que tout cela lui servirait plus qu’il ne pensait, il savait aussi que la lassitude le gagnerait de façon douce et indolore et que l’espacement se ferait de façon assez simple et sans aucune diatribes belliqueuses.

À force de ne rien désirer et de ne distiller aucun signe infime d’une curiosité naissante, elle lui donnerait l’envie de mettre son talent épistolaire et son sens de la communication au service d’une recherche qu’il reprendrait tranquillement à sa façon.

Il gardait le souvenir de cette belle inconnue qu’il avait croisée un jour et qui lui révéla plus tard qu’elle n’avait pas su voir derrière la façade, la profondeur de ce sale gosse trop bien habillé et ce talent certain caché sous une armure faite de dérision peu commune.

C’est un chemin de vie que d’aimer les femmes et de mirer sans fin des formes cultes, d’avoir ce regard en éveil et ce plaisir, certain de contempler comme une toile de maître, ces formes qui chavirent et font de nous des hommes.

Ce renvoi narcissique que l’on recherche en vain n’a que faire des projections en fait, et savoure l’instant comme on le fait d’un met, assis aux bras d’une douce qui reflète enfin, ce doux rêve secret de conquête infime qui remplit souvent de chagrin mais qui s’ouvre aussi à la volupté d’échanges incertains qui ne tiennent toujours qu’à un fil.

Après quelques échanges, ils avaient convenu d’un dîner pour la fin de semaine………………………..

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04 avril 2007

RENCONTRE : 8 (étirement)

De cette solitude il avait organisé le moindre recoin et le sablier qui « timer » son planning.

Ainsi tous les matins, après le café serré et le nuage de lait qui se dissipe, il allumait son PC et faisait le tour de sa vie virtuelle, blogs, mails, et autres contacts inconstants via sa messagerie.

La toile était tissée, sérieux refuge en ces temps venteux où le dehors effraie et où le confort douillet d’une couette est un artéfact trop plaisant pour en déceler les limites assez visibles.

En fait depuis quelques temps, il s’était senti attiré par une douce aimante.

Il était fasciné par cette façon élaborée et si naturelle qu’elle avait de tenir ce lien et cette attirance à une distance respectable et de gérer un discours qui ne l’était pas moins.

Le coup de foudre n’était plus de son monde, elle ne faisait plus confiance en son cœur fragile et laissait la raison et la maîtrise régler le quotidien, douce bataille intérieure entre une sécurité affective de par l’absence et une adrénaline que seule la barrière franchie peut créer.

Elle distillait les mots, comme un élixir, sans jamais baisser la garde, c’était pour elle, s'affaiblir. Le virtuel lui déplaisait fort disait-elle, mais dans une duplicité douce et réelle, elle mettait une photo sirupeuse en ligne dont elle ne savait que trop qu'elle ne pouvait être destinée à des fins amicales de copinages, en effet met-on une telle photo évocatrice d'un corps enivrant pour discuter avec des copines et encore moins des copains fussent-ils très clairs et sains d’esprit.

Dans ce terrain de jeu informel, exhibe t-on de cette façon, à la vue de son relationnel, fut-il en 2d, son corps partiellement dénudé et évocateur de désirs en jachère, ou s’en tient-on plus souvent à une photo de soi valorisante certes, mais anodine quand à la charge sensuelle et évocatrice?

La photo dévoilait une femme d'âge moyen alanguie sur le ponton d’un bateau de taille moyenne, les cheveux d’une blondeur extrême masquaient à peine une épaule dénudée et un maillot de bain blanc dont on sentait qu’il mettait en valeur une poitrine idéale.

Le hâle rajoutait à la prise de vue, et je m’imaginais cette photo à la vue de copines et amies certes sincères mais légèrement agacées par une plastique élégante malgré les ans et une pose qui ne laissait aucun doute quand à la qualité de ce corps vieillissant que le soleil avait coloré de façon somptueuse.

Non, il était clair pour peu que l’on veuille bien le sentir, qu’une telle photo n’avait d’autre but que de déclencher une addiction sans compromis.

L’autre hypothèse était de penser à un narcissisme exacerbé qui sonnait le glas des quelques années encore où le physique pourrait l'aider mais qui collait mal avec les mots et les propos qui sortaient avec parcimonie de cette image mystérieuse.

Mais que sait-on de ces manques de confiance en soi que l'âge distille et qui se cachent derrière des sûretés dimensionnelles et des tissus élaborés.

Face à ce délice visuel qui devait se faner un jour, soit le contact masculin était seul et sans passion amoureuse, et la porte s’entrouvrait sur des fantasmes devant une invitation photographique avérée, soit il n’était pas seul et sa douce devait se tenir loin de l’écran si elle ne voulait pas se poser quelques questions légitimes quand à l’ambiguïté d’un échange avec une telle plastique.

C'était un de ses paradoxes, il lui avait semblé en fouillant dans ses archives relationnelles qu’à chaque fois qu’il avait eu sous les yeux ce genre de photo d'une douce, c'était à usage unique et dans un but bien précis de jeu de séduction, aucune femme, lui semblait-il, ne s'affiche de la sorte en dehors d'un désir de conquête en filigrane.

Cela lui rappelait un ami pourvoyeur de tissu qui s'amusait du balai des féminines entre deux âges qui exhibaient au fur et à mesure de leur vie leurs formes à des fins rassurantes et de ces jeunes filles qui se cachaient quand à elles des regards indiscrets n'ayant rien à prouver ni personne à rassurer.

Elle avait donc besoin d‘un renvoi narcissique énorme qu’elle cachait avec talent sous un détachement suspect qui collait mal avec une douceur de voix et un débit dénué de mauvaise foi.

Au hasard de livres parcourus, il avait bien lu que la parole représente dix à quinze % du contenu d’une relation, bien d’autres formes de communications sont à comprendre pour celui qui ne veut se perdre dans les méandres ambigus des ambivalences et des interférences entre les mots énoncés et souvent non-dits et les attitudes infimes et les gestes anodins qui signent plus souvent qu’à leur tour un désir ou tout du moins une curiosité affective que l’on enfouit au fond d’un sac et qui dépasse toujours par un bout.

Pour un œil avisé, c’est ce que l’on cache le plus qui se voit le mieux, et savoir se débarrasser des leurres et autres artifices qui font d’une rencontre un labyrinthe est un exercice de survie prioritaire pour qui s’avance en des terres où le maquis est une règle d’or avec ses codes, ses phrases inversées, ces questions sous forme de sentence.

Il lui appartenait de capter tous ces mouvements et tous ces faits et gestes anodins pour poser la toile de cette relation qui se refusait à lui mais qui soufflait le chaud, le froid, et le tiède comme elle disait, mélange de douches journalières, où le moindre propos à chaleur plaisante était balayé par un propos concis, cassant et jouant plus que de raison sur la syntaxe et la forme.

L’art de jouer avec le verbe rentrait en résonance et permettait de bien gérer le niveau désiré de l’échange tout en se refusant de façon douce mais réelle………………………..

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03 avril 2007

RENCONTRE : 7 (douche et bain moussant)

Il rentra chez lui, se servit un verre de rosé, mit un fond musical tonique et s’installa sur son sofa, longtemps qu’il n’était rentré d’une rencontre issue de son clavier avec une émotion au ventre et une envie de poser les choses.

Depuis longtemps, il savait gérer ce temps imparti où la première minute donne le ton de la relation et où la sensation primitive va situer le contact à un niveau soit libidineux pur, soit charnel et sensuel, où va se faire projeter une vie à deux entouré des siens voir plus.

La proportion d’échec est en rapport direct avec sa propre notion du compromis relationnel, lui ne pratiquait pas cet exercice périlleux qui te fait croire sans cesse que ta vie est pleine de félicités et qui te fait échouer devant des schémas de vie récurrents et douloureux.

Il avait bien compris dans sa première histoire que ce choix de rupture et de fracture de vie était un signe d’un désir autre, d’une autre voie, d’un chemin en friche à explorer, et non pas d’une erreur de casting comme il est trop facile parfois d’accuser l’autre pour se soulager soi-même d’un fardeau inutile à ses propres yeux tourmentés.

Alors il en avait croisé des désirs en attente, des soupirs étouffés, des amoureuses folles, des envies d’oublier.

Lui savait que son départ, et ce revers de manche qui balayait le légo patiemment construit avait un sens plus profond que ne le laissaient croire les apparences de beau gosse courtisé qui aurait subi le coté sombre d’un pouvoir de séduction qui mène au tourment et au chaos familial.

Il sentait bien au fond de lui qu’il restait à inventer un autre chemin qui permettrait un échange et une fusion sans générer de confusion ni de compromis douloureux et muets.

Elle rentra elle aussi chez elle et se fit couler un bain, alluma quelques bougies, baissa d’une octave l’intensité lumineuse et se glissa dans l’eau sans éveiller le moindre remous.

Pensive, et rêveuse tout à la fois, elle aimerait bien succomber une fois encore mais la leçon avait été trop violente et harassante pour ne pas se protéger de ses propres envies et de ses tourments indicibles qui te font désirer la morsure d’un désir naissant.

Ils avaient sans le savoir vraiment la même approche ou en tout cas le même tourment face à la vie à deux, chacun à sa manière gérait son rapport à la solitude qui n’est en fait qu’un rapport à soi-même, à sa façon de se supporter et de se regarder sans complaisances aucunes……………………………………..

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01 avril 2007

RENCONTRE : 6 (qui n'en finit pas)

Elle s’était inscrite plus par mimétisme que par désir soudain et profond de rencontre, c’était l’air du temps de communiquer par clavier interposé et d’échanger par delà son cercle régulier.

Son deuil, elle l’avait entamé quelques mois auparavant en décidant de quitter cette prison dorée où le confort venait en résonance avec la vacuité factuelle des échanges sans plus aucune saveur.

Dieu qu’il est long le chemin qui te mène au refus et rare est le courage qui te fait reprendre ton sac et tes affaires pour aller voir plus loin si l’on peut se retrouver enfin.

Les hommes étaient à ses pieds mais la ramenaient plus que de raison à cette image certes facile à vivre mais qui masquait chez elle la quête d’un ailleurs différent, où la parole inscrite et le propos de vie donnaient à son parcours le suc qui manquait dans ces pièces élégamment décorées mais qui ne respiraient guère sous les convenus nombreux qui sévissent en ces lieux.

Elle promenait donc son parfum aux senteurs assassines de façon détachée, du moins en apparence et déroutait bon nombre qui croisait ce regard et ces photos intimes.

Elle nouait le contact sans but avoué et laissait faire les choses sans les vouloir vraiment.

Ce savant mélange incertain d’envies de découvertes et ce dédain certain pour la parodie masculine qui fait pérorer de façon ridicule et inutile des courtisans fébriles en attente de renvois narcissiques, ce doux mélange donc donnait de l’épaisseur à cet être vibrant de mille paillettes au creux de ces écrans.

Au détour de propos, elle attirait vers elle, des désirs en attente, des passions amoureuses, des envies de printemps, des sorties annuelles.

Le paradoxe faisait quand même partie de sa vie et donnait de la profondeur à ce mouvement fait d’une plastique irréprochable, et d’une soif de culture trop longtemps laissée en attente.

Elle aimait l’écrit comme pour tester le prétendant, sa sélection à elle, prenait la forme d’une qualité épistolaire et d’échange, sorte de jauge qui pouvait lui donner un début d’envie et de partage.

Le parcours était un parcours complet, rapport à l’esthétisme, sens du dialogue, discours non descriptif de la vie et des gens, humeur du temps et saveurs des tourments indociles, il fallait passer au-delà du miroir pour espérer enfin entr’apercevoir les tourments de la douce et décrypter enfin sa quête intime cachée au fond d’une sagesse et d’un détachement certain.

Sa beauté faisait écrin et barrière en même temps et la protégeait des assauts imbéciles et des propos fumants et désastreux plus souvent qu’exquis.

Il était donc du lot de ce hasard qui fait qu’un beau matin, on se lève en pensant que son esprit vagabonde de façon insistante sur une envie naissante qui puise dans le rapport à la solitude l’essentiel de son tourment et qu’il est peu commun qu’un échange dépasse le cadre minuté d’un échange virtuel à touches appuyées.

L’écran éteint, la magie continuait d’opérer, et ça, c’était peu fréquent en ces lieux de rencontres consuméristes où l’autre n’est souvent qu’un support illusoire et éphémère qui disparaît aussi vite qu’il est apparu et qui ne laisse aucune effluve.

L’insipide du tapotement sur clavier laissait place à une poésie qui attirait la douce mais le chemin allait être long pour approcher la féline qui n’avait trouvé mieux pour se protéger des blessures antérieures, qu’un détachement sincère et un humour léger mais tenace.

Une telle distance ne pouvait trouver sa source que dans un souci de surprotection, signe de fragilité et de douceur intérieure qui devait augurer de douces heures en cette compagnie féminine.

Ils finirent leur verre, se dirent au revoir, chacun remonta dans sa voiture, le suspense restait entier…………………………………….

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