Gagner sa vie ça coûte cher

Un chef d'entreprise looser aux prises avec des salariés qui ne le sont pas moins

04 avril 2007

RENCONTRE : 8 (étirement)

De cette solitude il avait organisé le moindre recoin et le sablier qui « timer » son planning.

Ainsi tous les matins, après le café serré et le nuage de lait qui se dissipe, il allumait son PC et faisait le tour de sa vie virtuelle, blogs, mails, et autres contacts inconstants via sa messagerie.

La toile était tissée, sérieux refuge en ces temps venteux où le dehors effraie et où le confort douillet d’une couette est un artéfact trop plaisant pour en déceler les limites assez visibles.

En fait depuis quelques temps, il s’était senti attiré par une douce aimante.

Il était fasciné par cette façon élaborée et si naturelle qu’elle avait de tenir ce lien et cette attirance à une distance respectable et de gérer un discours qui ne l’était pas moins.

Le coup de foudre n’était plus de son monde, elle ne faisait plus confiance en son cœur fragile et laissait la raison et la maîtrise régler le quotidien, douce bataille intérieure entre une sécurité affective de par l’absence et une adrénaline que seule la barrière franchie peut créer.

Elle distillait les mots, comme un élixir, sans jamais baisser la garde, c’était pour elle, s'affaiblir. Le virtuel lui déplaisait fort disait-elle, mais dans une duplicité douce et réelle, elle mettait une photo sirupeuse en ligne dont elle ne savait que trop qu'elle ne pouvait être destinée à des fins amicales de copinages, en effet met-on une telle photo évocatrice d'un corps enivrant pour discuter avec des copines et encore moins des copains fussent-ils très clairs et sains d’esprit.

Dans ce terrain de jeu informel, exhibe t-on de cette façon, à la vue de son relationnel, fut-il en 2d, son corps partiellement dénudé et évocateur de désirs en jachère, ou s’en tient-on plus souvent à une photo de soi valorisante certes, mais anodine quand à la charge sensuelle et évocatrice?

La photo dévoilait une femme d'âge moyen alanguie sur le ponton d’un bateau de taille moyenne, les cheveux d’une blondeur extrême masquaient à peine une épaule dénudée et un maillot de bain blanc dont on sentait qu’il mettait en valeur une poitrine idéale.

Le hâle rajoutait à la prise de vue, et je m’imaginais cette photo à la vue de copines et amies certes sincères mais légèrement agacées par une plastique élégante malgré les ans et une pose qui ne laissait aucun doute quand à la qualité de ce corps vieillissant que le soleil avait coloré de façon somptueuse.

Non, il était clair pour peu que l’on veuille bien le sentir, qu’une telle photo n’avait d’autre but que de déclencher une addiction sans compromis.

L’autre hypothèse était de penser à un narcissisme exacerbé qui sonnait le glas des quelques années encore où le physique pourrait l'aider mais qui collait mal avec les mots et les propos qui sortaient avec parcimonie de cette image mystérieuse.

Mais que sait-on de ces manques de confiance en soi que l'âge distille et qui se cachent derrière des sûretés dimensionnelles et des tissus élaborés.

Face à ce délice visuel qui devait se faner un jour, soit le contact masculin était seul et sans passion amoureuse, et la porte s’entrouvrait sur des fantasmes devant une invitation photographique avérée, soit il n’était pas seul et sa douce devait se tenir loin de l’écran si elle ne voulait pas se poser quelques questions légitimes quand à l’ambiguïté d’un échange avec une telle plastique.

C'était un de ses paradoxes, il lui avait semblé en fouillant dans ses archives relationnelles qu’à chaque fois qu’il avait eu sous les yeux ce genre de photo d'une douce, c'était à usage unique et dans un but bien précis de jeu de séduction, aucune femme, lui semblait-il, ne s'affiche de la sorte en dehors d'un désir de conquête en filigrane.

Cela lui rappelait un ami pourvoyeur de tissu qui s'amusait du balai des féminines entre deux âges qui exhibaient au fur et à mesure de leur vie leurs formes à des fins rassurantes et de ces jeunes filles qui se cachaient quand à elles des regards indiscrets n'ayant rien à prouver ni personne à rassurer.

Elle avait donc besoin d‘un renvoi narcissique énorme qu’elle cachait avec talent sous un détachement suspect qui collait mal avec une douceur de voix et un débit dénué de mauvaise foi.

Au hasard de livres parcourus, il avait bien lu que la parole représente dix à quinze % du contenu d’une relation, bien d’autres formes de communications sont à comprendre pour celui qui ne veut se perdre dans les méandres ambigus des ambivalences et des interférences entre les mots énoncés et souvent non-dits et les attitudes infimes et les gestes anodins qui signent plus souvent qu’à leur tour un désir ou tout du moins une curiosité affective que l’on enfouit au fond d’un sac et qui dépasse toujours par un bout.

Pour un œil avisé, c’est ce que l’on cache le plus qui se voit le mieux, et savoir se débarrasser des leurres et autres artifices qui font d’une rencontre un labyrinthe est un exercice de survie prioritaire pour qui s’avance en des terres où le maquis est une règle d’or avec ses codes, ses phrases inversées, ces questions sous forme de sentence.

Il lui appartenait de capter tous ces mouvements et tous ces faits et gestes anodins pour poser la toile de cette relation qui se refusait à lui mais qui soufflait le chaud, le froid, et le tiède comme elle disait, mélange de douches journalières, où le moindre propos à chaleur plaisante était balayé par un propos concis, cassant et jouant plus que de raison sur la syntaxe et la forme.

L’art de jouer avec le verbe rentrait en résonance et permettait de bien gérer le niveau désiré de l’échange tout en se refusant de façon douce mais réelle………………………..

Posté par emile davis à 23:37 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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