Gagner sa vie ça coûte cher

Un chef d'entreprise looser aux prises avec des salariés qui ne le sont pas moins

01 avril 2007

RENCONTRE : 6 (qui n'en finit pas)

Elle s’était inscrite plus par mimétisme que par désir soudain et profond de rencontre, c’était l’air du temps de communiquer par clavier interposé et d’échanger par delà son cercle régulier.

Son deuil, elle l’avait entamé quelques mois auparavant en décidant de quitter cette prison dorée où le confort venait en résonance avec la vacuité factuelle des échanges sans plus aucune saveur.

Dieu qu’il est long le chemin qui te mène au refus et rare est le courage qui te fait reprendre ton sac et tes affaires pour aller voir plus loin si l’on peut se retrouver enfin.

Les hommes étaient à ses pieds mais la ramenaient plus que de raison à cette image certes facile à vivre mais qui masquait chez elle la quête d’un ailleurs différent, où la parole inscrite et le propos de vie donnaient à son parcours le suc qui manquait dans ces pièces élégamment décorées mais qui ne respiraient guère sous les convenus nombreux qui sévissent en ces lieux.

Elle promenait donc son parfum aux senteurs assassines de façon détachée, du moins en apparence et déroutait bon nombre qui croisait ce regard et ces photos intimes.

Elle nouait le contact sans but avoué et laissait faire les choses sans les vouloir vraiment.

Ce savant mélange incertain d’envies de découvertes et ce dédain certain pour la parodie masculine qui fait pérorer de façon ridicule et inutile des courtisans fébriles en attente de renvois narcissiques, ce doux mélange donc donnait de l’épaisseur à cet être vibrant de mille paillettes au creux de ces écrans.

Au détour de propos, elle attirait vers elle, des désirs en attente, des passions amoureuses, des envies de printemps, des sorties annuelles.

Le paradoxe faisait quand même partie de sa vie et donnait de la profondeur à ce mouvement fait d’une plastique irréprochable, et d’une soif de culture trop longtemps laissée en attente.

Elle aimait l’écrit comme pour tester le prétendant, sa sélection à elle, prenait la forme d’une qualité épistolaire et d’échange, sorte de jauge qui pouvait lui donner un début d’envie et de partage.

Le parcours était un parcours complet, rapport à l’esthétisme, sens du dialogue, discours non descriptif de la vie et des gens, humeur du temps et saveurs des tourments indociles, il fallait passer au-delà du miroir pour espérer enfin entr’apercevoir les tourments de la douce et décrypter enfin sa quête intime cachée au fond d’une sagesse et d’un détachement certain.

Sa beauté faisait écrin et barrière en même temps et la protégeait des assauts imbéciles et des propos fumants et désastreux plus souvent qu’exquis.

Il était donc du lot de ce hasard qui fait qu’un beau matin, on se lève en pensant que son esprit vagabonde de façon insistante sur une envie naissante qui puise dans le rapport à la solitude l’essentiel de son tourment et qu’il est peu commun qu’un échange dépasse le cadre minuté d’un échange virtuel à touches appuyées.

L’écran éteint, la magie continuait d’opérer, et ça, c’était peu fréquent en ces lieux de rencontres consuméristes où l’autre n’est souvent qu’un support illusoire et éphémère qui disparaît aussi vite qu’il est apparu et qui ne laisse aucune effluve.

L’insipide du tapotement sur clavier laissait place à une poésie qui attirait la douce mais le chemin allait être long pour approcher la féline qui n’avait trouvé mieux pour se protéger des blessures antérieures, qu’un détachement sincère et un humour léger mais tenace.

Une telle distance ne pouvait trouver sa source que dans un souci de surprotection, signe de fragilité et de douceur intérieure qui devait augurer de douces heures en cette compagnie féminine.

Ils finirent leur verre, se dirent au revoir, chacun remonta dans sa voiture, le suspense restait entier…………………………………….

Posté par emile davis à 17:38 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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