30 mars 2007
RENCONTRE : 5 (mélange de pinceaux)
Un martini blanc accompagné de deux glaçons et un perrier tranche comme témoins, la lumière incertaine en ces heures distantes, ce mobilier accessoire inutile, le décor était là malgré nous, tout cela n’avait que peu de sens en ces moments où le temps s’écoule sans référence, où tout est en suspens, comme vaporisé, brumisation de tourments, vapeur d’humeur hésitante, elle était là face à lui, regardant du fond de cette banquette ce sale gosse qui se débattait dans ces paradoxes et ces approximations qui font craquer les murmures et ce à des fins inutiles, la messe était dite, le premier instant avait suffit pour savoir qu’elle aurait cet homme et qu’elle l’envouterait malgré son air de maîtrise et sa façon de jongler avec les mots, virtuose du phrasé élaboré, du verbe ciselé, concis et varié, de la description métaphorique à but évocateur.
Ses yeux brillaient déjà de mille envies mais elle le laissait venir à elle et gérait à merveille la distance qui les séparait.
Elle jouait de la mise au point comme un photographe virtuose, et avait le verbe court pour formuler et résumer le déluge de mots qui s’étalait pitoyablement entre eux.
Elle savait qu’elle ne tiendrait pas rigueur de cette approche remplie d’humour et d’empressement, féline elle était et le serait là aussi.
Trentenaire, quelques mariages et quelques divorces plus loin, elle savait le cycle qui régit une relation amoureuse, des premiers émois et sensations à la chute qui se lit très rapidement mais qui se masque longtemps et qui jaillit un jour au détour d’une lassitude excessive.
Elle était donc à la sortie d’une histoire et avancait vers sa vie et donc vers l’autre........................
28 mars 2007
RENCONTRE : 4 (premier plat et première platitude)
Ils étaient assis l’un en face de l’autre et sur la droite en entrant, en fait face à la porte des toilettes et sous la bouche de ventilation.
L’odeur, le bruit, les allées et venues incessantes de la gente féminine à vessie minimum et miction répétée animait le passage et ponctuait les balivernes qui fusaient au dessus de la salade du marché pour madame et la charcuterie maison pour monsieur.
Du virtuel, on était passé au pitoyable sans paliers de décompression, certains couples mettent quelques années pour n’avoir plus rien à échanger, là on allait toucher le fond au bout de deux heures et il y avait encore un certain chemin à effectuer avant de renoncer.
Oh puis non, c’est trop dur à écrire comme cela….
Elle était comme on imagine ces rêves. Elle sortit de sa voiture avec une élégance certaine, et s’approcha de lui en déposant un baiser du bout des lèvres en signe de bienvenue.
Finement vêtue comme pour être en harmonie, tout irradiait chez elle de par cette allure et cette démarche qui te font poser un temps d’arrêt sur la vie et les choses comme happé par cette vue infime qui traverse tes émotions.
Blonde aux yeux verts, bottée, et gantée comme dans un autre siècle, elle indiqua avec douceur le plaisir qu’elle avait à poser son regard sur ces heures de conversations virtuelles………………………
27 mars 2007
RENCONTRE : 3 (l'apérot, oui la faute c'est exprès pour une fois)
La nuit était tombée depuis fort longtemps quand il mit son clignotant pour pénétrer dans ce parking souterrain.
Il n’aimait pas garer sa voiture en plein air, préférant lui trouver un emplacement douillet qui lui éviterait les coups et les rayures, lot de nombres de rêveries à quatre roues.
Elle était, quand à elle, arrivée avec les transports collectifs, son duplex, comme elle aimait le nommer (en fait, un deux pièces minable avec une mezzanine en bois qui sentait le pin et qui craingnait un max) se situant à deux blocs de ce lieu de rendez vous.
Vu la tonne de clichés échangée, ils ne pouvaient pas se rater, de plus la panoplie de Zorro et de poupée Barbie en plein mois de décembre place Bellecour à Lyon, ne pouvait laisser de marbre uniquement que le fier chevalier qui chevauche sans but précis une monture tout de bronze vêtue.
Ils ne pouvaient pas se louper, c’était déjà fait question accoutrement, pour le reste, le doute semblait ne pas les habiter et donc la jonction eut lieu comme prévu sous le regard amusé de badeaux attardés
Ils s’approchèrent l’un vers l’autre avec cette démarche pitoyable et gauche des deux amants qui se rendent compte qu’ils ont gardé leurs pantoufles pour aller au concert de Michel Sardou.
Après la bise appuyée et sponsorisée par une marque d’eau de toilette à usage industriel, ils décidèrent de s’engouffrer dans une brasserie afin de pouvoir échanger à l’abri, des regards langoureux et des phrases imbéciles d’une platitude propice aux ébats automobiles.
A ce stade relationnel, qui se situe entre les onomatopées et les phrases déconstruites, il n’y avait que peu de place pour la poésie et les envolés lyriques.
Lui venait de changer de camion, elle de supermarché, autant dire que le factuel était au rendez vous et qu’à l’issue de la fusion, chacun connaîtrait le charme d’un V10 de 6 litres de cylindrée et du code barre situé sur un pack de laid.
Comme un malheur n’arrive jamais seul, elle avait pris quelques photos pour expliquer, la consanguinité et le port des lunettes à travers les portraits de ses géniteurs, à savoir maman et le cousin Alphonse qui commis, un soir d’été, l’irréparable en rentrant d’un fête votive et ou la marquisette lui avait tapé sur le front et l’avait affublé d’un priapisme que seul la cousine pu sans le vouloir honorer.
L’alcoolémie chez le cousin lui faisait avoir des érections titanesques et douloureuses. Ce n’était pas là son moindre défaut, je vous laisse donc deviner les appendices mammaires qu’elle avait hériter du cousin.
Simple, elle se tenait à cinquante bons centimètres de la table et ce sans le faire exprès
Lui n’était pas en reste avec ce parcours zolien qui le mena de l’école primaire chez un patron peu scrupuleux à des fins d’apprentissage, autant dire que la joie irradiait ce premier rendez vous et que le péplum tristement ridicule de leurs deux vies allait donner à cette rencontre un goût amer à tendance amnésique.
Deux heures plus tard, la faim ayant eut raison de cet apéro, ils partirent à la pizzeria non sans avoir auparavant, échanger un baiser anisé plein de promesses et de catatrosphes à venir.
L’entrée dans le restaurant se fit avec une discrétion relative, aux déguisements mutuels se rajoutait un taux d’alcool qui donnait à leur démarche un coté ambulant et tout en courbes et lacets.
Ils s’installèrent non sans peine, et là, allait commencer un moment d’anthologie amoureuse et culinaire fait à base de sauce tomate, de baisers appuyés et ponctués de rôts salvateurs et de propos à l’emporte pièce sur le dépassement autoroutier avec un bahut de quarante tonnes………………………………………………
26 mars 2007
RENCONTRE : 2 (préapalabre)
Le dernier échange virtuel avait vu le rendez vous fixé au lendemain soir, en effet, le midi étant plus propice à un échange classique, le repas du soir leur avait semblé plus adéquat s’ils voulaient finir par un feu d’artifesse et un passement de jambes, en l’occurrence, plutôt du jambonneau.
Ils avaient chacun les photos de la partie adverse, et tout en sifflotant dans leur tutures, se donnaient de l’élan pour affronter la promise et le courtisan.
Déjà bien en avant dans l’après midi, elle s’était aprété plus que de raison afin ne pas décevoir son routier de chauffeur et s’était épilé afin de parer à d’éventuelles fouilles intra vestimentaires.
Elle avait fait réinstaller la choucroute qui lui servait de couronne et avait les pommettes de Bozo le clown un soir de spectacle en province.
Pour ce qui est du spectacle, on allait être servi, le pitoyable allait côtoyer le pathétique qui lui ne se tiendrait pas très loin du ridicule et du grotesque.
Lui de son coté n’était pas en reste. A peine descendu du camion, il s’était engouffré sous la douche pour astiquer l’instrument afin de le faire reluire avant l’exposition buccale.
Rasé de prés avec le parfum de superette qui va bien, il embaumait autant que la momie de Ramses lors de son décoffrage.
A eux deux, ils allaient irradier tous les lieux croisés, ce doux mélange de parfums à deux balles qui se répondait en échos aurait fait tourner de l’œil toute femme gravide, mais là malgré les appendices, rien ne gênait leurs odorats respectifs
Le bar des deux magots, voilà un lieu de rencontre qui va bien, PMU, Morpion, RAPIDO, odeur de cigarette et de vie enfumé, le lieu laissait augurer de la suite à donner.
Ca sentait la pizzéria Del Arte à dix lieues et le fromage dessert comme première félicité......................
24 mars 2007
RENCONTRE : 1 (encore que)
Elle était maquillée comme une voiture volée et sentait aussi fort qu’un rayon marée suite à une panne d’électricité et donc de glaçons, mais elle avait décidé comme tout un chacun de tenter sa chance sur Internet et de pouvoir elle aussi aller à des rendez-vous où l’attendrait son chauffeur routier, qui lui bien sûr, serait parfumé de façon discrète au pulvérisateur avec du déodorisant pour lieux intimes, lieux où l’on se vide en évitant de se répandre.
Quelques temps qu’elle écrivait des propos ambigus à fautes d’orthographe avérées afin de pouvoir défaillir sous les coups de boutoirs d’un courtisan zélé.
Elle avait choisi pour ce faire dans sa collection privée de photos ridicules et familiales, quelques mises en valeur qui masquaient l’embonpoint et l’aversion pour la culture physique.
Un visage se disait-elle suffirait bien à déclencher chez les serviteurs patentés, une envie de rencontre et un désir de fusion voir de confusion.
Ah ces heures cachées derrière l’écran à jouer des pseudos, en se croyant divine et en pensant, que soudain la chance, fée anonyme, allait frapper à la porte de ce vide abyssal et sentimental, de ce no man’s land relationnel où les fantasmes sont à l’heure, de ce désert libidineux à autarcie nécessaire, de cet océan trop calme sans marins à son bord, de ce vaisseau mal en point qui erre dans les silences, de ces nuits bien trop calmes elles aussi et remplies de chagrin, de ce plateau venté qui cingle les parcours, de ces absences longues qui jalonnent les chemins, des rencontres assassines qui sont sans lendemain, des souffrances intimes qu’on repousse à deux mains.
Ah ce désir secret, bien caché sous les trombes, ce puissant aimant qui pousse à des compromis fort judicieux parfois mais plus souvent calamiteux.
Puis vint le jour de la rencontre………………………………..
23 mars 2007
LARZAC BLOG
Aujourd'hui, création d'un blog post communiste, communautaire, et bien sur libertaire.
Que ceux qui désirent participer se le disent, chacun aura le code d'accés et pourra déposer sa gerbe devant le monument aux morts vivants de la sphère.
Seront bannis à jamais, les textes x sans talent, les connotations menant aux assisses et tout propos sans humour fut il au sixième degré.
Charly, Raymonde, zettheeeeeeeee, les esthetes, les pisseusses et bien d'autres, il est temps de créer cet espace de divagations.
Contactez moi, le blog est en route yalaaaaaaaaaaa !!!!!!!!!!!!
http://larzacblog.canalblog.com
22 mars 2007
PASSAGE A L'HEURE D'ETE
J’avais décidé de me faire des amis en ce début de printemps, et puis cela sentait bien le rosé et le grignotage convivial.
Le dehors me titillait et l’hibernation semblait prendre fin, les vêtements s’allégeaient, les pulpeuses le redevenaient, et la vie tout doucement reprenait le bon chemin, celui qui t’éloigne du pc comme du feu de cheminée.
Et puis Emile écrivait trop long, trop trop long, et puis pas adapté non plus, pas adapté
Sur un blog, fallait du concis, du bref, du rapide, du fast, du digest, et ce pauvre Emile étirait le propos comme une mannequin ses élongations.
Maxi dix lignes, et encore, You Tube d’un coté, Daily Motion de l’autre, un propos vide de sens mais qui permettait de compter les moutons de l’ennui accroché à la toile.
Emile n’avait pas percé le secret d’un blog bien tenu, tous les matins, l’aspirateur, et la poussière, et pas des textes de deux mètres de long illisibles.
Un mot à chacun et chacune, parfois un jeu de mots, souvent une identification.
Le sens du poil, pas du poil à gratter, la brosse à reluire à usage virtuel, la communauté sans les inconvénients, le pseudo comme nom de scène
A force de ne pas comprendre et de ne se plier au rituel qui te permet de te croire divin, arrive ce qui arrive, à savoir des stats ridicules, des commentaires frisant l’anorexie, des liens distendus, et une motivation inversement proportionnelle à la durée du jour qui se lève de plus en plus tôt.
Il était donc temps non pas de fermer cet espace qui m’a fait passer l’hiver au chaud mais de distendre les rdvs au gré de mes envies et de publier de façon moins assidu……
La vie est ailleurs quoi qu’il en soit…………………………..
20 mars 2007
DICTON DU JOUR
MIEUX VAUT UN COMPTE EN SUISSE QU'UN CONTENTIEUX.
19 mars 2007
AUTO ? ? ? ? ? ?
La journée d’hier m’avait harassé plus que mon être et mon corps réuni en un assemblage élégant ne pouvait le permettre.
Je décidais donc d’un jour de repos et en profitais pour satisfaire à la curiosité maladive et insistante de la gente féminine en concoctant un portrait le plus précis possible de ce labyrinthe humain, de ce cerveau à deux lobes, de ce paradoxe vibrant, de cet être attachant que nul ne peut cerner, et qui fait pérorer avec un talent discret mais néanmoins incontournable, cette humble personne se cachant avec délice et malice derrière un pseudo jazzifiant, étalant par là même une culture musicale de bon aloi en ces temps incertains ou la valse à trois temps dort en des tiroirs, et ou le rap, discours d’ados en couleurs et boutons issus de banlieues tristes comme peut l’être le matin le ramassage scolaire au front de nos cités, déverse sur les ondes assassines de nos oreilles souillées, des rythmes imbéciles à paroles assorties qui collent à vos chaussures comme un mauvais chewing gum perdu sur le pavé de nos rues encrassées par le passant distrait qui se libère ainsi le temps d’une seconde d'un mastiquage bovin.
Se décrire sans flagorneries excessives est périlleux en ces terres narcissiques ou le moi est une donnée essentielle, première, sans appel et sans recul.
Qui d’autre ne me connaît mieux à part les quelques rares amis qui se diluent au long de ces années et de ces parcours qui en fatiguent plus d’un et qui observent sur le bord, les envolées lyriques d’un curieux phénomène qui se rue sur la plume comme d’autre au stade le dimanche afin de contempler le désastre bruyant de rustres ambulants qui courent à perdre haleine derrière une boule capricieuse à formes différentes et qui s’immiscent en nos vies entre deux élections distributrices de rêves et de rancoeurs amnésiques.
Je divague un brin, mais c’est l’art de ma plume de commencer un sens sans savoir ou il va, et de laisser les mots remplir les casiers afin qu’au bout de quelques lignes, le lecteur endormi se réveille, et se dise, mais qu’a-t-il voulu donc dire cet Emile ternaire qui dévale les phrases et déroule son propos sans vraiment de constance.
Il pouvait remercier ses parents de l’avoir doté dés la naissance d’un physique agréable et bien proportionné, d’une taille qui ne le gène en rien mais qui lui permettait de toiser ses collaborateurs (trices) sans avoir à s’équiper de chaussures factices qui cachaient en leur semelles les quelques centimètres qui font d’un homme arrondi un homme élégant.
La finesse de ces mots allait bien avec la finesse de ce corps durci par le sport plus que de raison, il était mince mais musculeux avec un paillasson pectoral de bonne tenue.
Les tissus de bonne facture qu’il arborait montrait à l’évidence un sens du détail et une aversion pour la vulgarité fut elle involontaire de la part des pressés qui ondulent sur les quais de ces gares de nulle part ou des trains inconnus s’arrêtent et chargent enfin ces petits bouts de vie et les mènent en des lieux ou le bruit des machines couvrent celui des rancoeurs et des manquements fort nombreux qui jonchent le carrelage jointé de ces ersatz.
D’une enfance fort choyée bien que loin des nantis, il se fit une raison pour aller côtoyer là haut sur la colline des voisins de paliers qui ordonnent les chiffres comme d’autres les mots.
Il commença donc à grimper doucement les mains et la tête dans le guidon, ah les heures passées au bras de stratégie fumante comme un feu de bois un après midi d’automne pluvieux au seuil d’une clairière humide……………………………….
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16 mars 2007
L'ENTRETIEN D'EMBAUCHE
Encore une galère décidément, ce matin, j’ai été convié par ma DRH à présider une série d’entretiens d’embauches et ce pour une catégorie de personnel que d’aucuns redoutent, à savoir le commercial ou vendeur à ancienneté à deux chiffres.
Cumuler sur un seul être deux difficultés majeures avait fait intervenir ma douce secrétaire afin que je temporise les ardeurs de ces vieux rayeurs de parquets à dents élimées, et autres bouffeurs de moquette crue sans assaisonnement.
Faut dire que la fonction commerciale demande un certain nombre de qualités à effets secondaires non désirés et tenaces dans le temps.
Cela faisait un moment que je n’avais dirigé une embauche et lu quelques CV désastreux, ce fut donc un plaisir fort honorable et jubilatoire que de contempler le chaos de ces costards soldés à rayures ridicules et cravates assorties qui allaient bonimenter sur l’indigence d’un parcours et pérorer sur l’art du paiement en quatre fois à l’usage des handicapés de la fin de mois.
Une fois de plus, je ne pouvais m’empêcher de regarder des pieds à la tête la tenue de combat qu’arboraient non sans fierté, les rois de la note de frais usurpée et du péage passé à pied, de la voiture de fonction tous frais payés et de la soirée étape dans un «trois morpions logis de France»
Le poste sédentaire à pourvoir ce coup ci consistait à relancer l’activité d’un magasin maltraité par un syndicaliste belliqueux à délégations nombreuses et rarement fondées.
Quinze ans à balancer ce corps malingre et à fidéliser une clientèle qui l’était déjà, mais tout bon conseiller commercial qui se respecte se croit irremplaçable et indispensable, et comme il partage cette sensation avec lui même et sa chaudière d’épouse, le doute n’est pas une notion très utile, et donc usitée.
Le commercial cumule avec le routier l’art de la route et l’art de la réflexion proche du poisson rouge qui possède une mémoire vive de deux secondes, ce qui permet au passage de faire des tours dans un verre d’eau surdimensionné sans se poser la question qui lui ferait mal à la caudale.
Je vis donc arriver le premier entretien avec un sourire léger, et fis prendre place au prétendant.
Il arrivait du sud-ouest et n’était pas sans me rappeler le rustique croisé lors d’un périple en terres audoises où je me fis emboutir le fondement par un local chargé comme un bus en Amérique latine un jour de marché et qui essaya en vain de stopper son bolide mais ne put, et ce, malgré un acharnement sur la pédale que seul un homophobe peut atteindre.
Il roulait les R comme d’autres les mécaniques quantiques, et gesticulait avec virtuosité pour appuyer sa démonstration relationnelle, visiblement habitué à la nature et ce sans rancune.
L’expression en milieu confiné et climatisé le gênait un peu aux coudes, comme ces ados qui ont dix centimètres de trop et cassent plus de vaisselle que ne peut le faire un couple en train de faire le bilan de dix ans de vie commune à grand renfort de jets de porcelaines et de verres comme autant de projectiles qui atteignent rarement leur cible mais qui finissent toujours en infimes particules sur le carrelage jointé .
Des mains qui ressemblaient à des pieds, une tête, sorte de croisement entre un lévrier afghan et un tank tchétchène, fin de profil et plat de face, un don pour le rhume certain, avec un appendice qui le perturbait beaucoup en ce pays de tramontane, et qui l’obligeait peut être à migrer vers des lieux moins exposés aux embruns, ce qui lui permettrait d’éviter de tirer des bords par souffle de face afin d’éviter la prise au vent fatal vu le génois qui lui servait de dérive visagère.
L’œil droit ne pouvait regarder à gauche et vice versa, vous imaginez aisément pourquoi, on avait inventé pour lui l’expression «avoir le nez creux»
Comme l’harmonie semblait régner sur ce doux visage, la dérive nasale avait comme compagnons d’infortune, deux erreurs auriculaires, pavillonnaires même, qui avaient fait la gloire de ses arrières grands parents.
La nature les avait gâtait, pas forcément où ils le désiraient mais c’était déjà ça.
Cheminots de père en fils, ils avaient la lourde tâche de prévenir de l’arrivée des trains en gare de Carcassonne.
À cette fin, ils posaient de manière délicate sur le rail leurs difformités et annonçaient non sans fierté l’arrivée du TGV de 12 h 26 Lyon Toulouse.
Un grand malheur frappa quand même un jour la famille, jour où le grand père qui s’adonnait à des joies solitaires et ludiques en conserva quelques séquelles et ne pu déceler l’arrivée du TER de 18 h 34 et se fit couper en deux parties inégales, à savoir le tronc et les reste.
Depuis ce jour maudit, le reste de la décadence se vautre dans le commerce avec délectation et le roulage de R.
Suite à nos questions perfides et à pièges multiples, ils se confia et nous narra la dégradation continue de ses conditions de travail et de ses problèmes de sudation dans l’arrière boutique où tel un forçat, on l’obligeait à s’adonner à des taches subalternes, alors que son talent résidait dans l’art de communiquer avec passion sur les nombreux articles exposés dans l’échoppe.
Embauché pour un talent unique, il se devait d’explorer aujourd’hui, d’autres facettes de celui-ci, comme celui d’aller vider le container de cartons et de réceptionner la marchandise déversée sur le quai par d’immenses costauds à camions rutilants.
Lui partait le matin avec un t-shirt à logo qui ne supportait guère la disgrâce d’auréoles causées par un effort surhumain.
Il nous expliqua donc le but de sa recherche, désirant retrouver un lieu où son talent pourrait de nouveau irradier le commun qui pousse nonchalamment la porte automatique afin de satisfaire ce besoin impérieux de racler le fond de la cuvette financière qui lui sert de banquier.
Il y avait de la conviction dans le propos, et cette sincérité naïve qui caractérise fortement le manque de maîtrise de la finalité et du fonctionnement d’une entreprise.
La vue du sommet de l’échelle correspond rarement à celle déformée par le prisme d’une hauteur de vision somme toute limitée.
On sentait bien que l’ancienneté perturbait le bonhomme, il pensait détenir un savoir implacable, alors que l’on ne voyait en lui qu’un acharnement illusoire et un statut dérisoire, qui allait être mis à mal par une société, qui n’a que faire d’arthroses syndicales et de bon sens ouvrier mais obsolète.
L’air du temps est une notion fondamentale et humer comporte un avantage certain en ces instants qui vacillent aux bras de carrières laborieuses et compromises.
La descente à la ville correspond à la descente en enfer, les codes sont différents et la manipulation est un outil de survie.
Le tout est de bien le comprendre, et très tôt, et de ne pas arriver en chevalier fourbu en se trompant d’époque et d’outils.
Arriver avec les pieds sur terre et le pragmatisme chevillé est certes un début, mais s’il te manque l’outil adéquat, on va t’offrir avec plaisir une paire de jolies rames et une frêle embarcation.
Comment faire comprendre à ce brave commercial élevé en plein air que la disgrâce est un des tourments de la vie et que la sofa attitude made in spain n’avait pas la consistance nécessaire pour braver une direction à yeux rivés sur les chiffres d’affaires et les ratios animés.
Comment lui faire comprendre qu’on peut s’asseoir sans gêne aucune sur une ancienneté synonyme de manque d’ambition et de vacuité professionnelle, et que passé trois ans, un salarié est plus souvent un boulet qu’un cadeau plein de félicités.
On essaya non sans mal de lui faire entendre le profil recherché, sans perdre la face, mais devant le silence confondant qui fut notre seul écho, nous décidâmes d’écourter l’entretien afin de recevoir le reste de l’assistance alignée dans le couloir dans un silence peu habituel avec ce genre de personnages.
On se promit de se tenir au courant et de reprendre contact dans la décennie qui suivait, et il retourna vers les siens, l’air de ne vraiment savoir de quoi il retournait et comment serait jugée sa modeste prestation empreinte d’un désarroi profond et légitime.
De plus, rien de pire qu’un vendeur patenté qui se met à phosphorer, ça sent le brûlé sous la coiffe, et c’est jamais bon de jouer à contre emploi, mieux vaut laisser la réflexion et la prospective à des cortex habitués à ce genre de contorsions trimestrielles et savamment chiffrées.
Dans le couloir donc, attendait la horde de vendeurs à attachés case et bons de commandes.
Mettez quelques commerciaux ensemble et vous n’allez pas attendre longtemps en principe pour assister à l’échange grotesque de chiffres, de salaires, de frais de fonction, et autres gaspillages et ce dans un but de quiétude cervicale afin de se rassurer quand à la valeur somme toute rondelette qu’ils pensent pouvoir se prévaloir, une fois dans le bureau, lieu de l’observation et du choix judicieux.
Quand à moi, j’écourtais ma présence et ma participation à ce jeu de quilles humain. J’avais un problème avec le jacuzzi dans la chambre de l’aîné qui n’avait pas trouvé mieux que de fêter un 11 en maths par une orgie à base de vodka et de jeunes filles à jeans finement taillés et sous vêtements adéquats.
L’atavisme familial l’avait poussé lui et quelques autres à se croire à Hossegor lors de l’équinoxe de printemps, et en avait donc profité pour exploser ce lieu de repos à bains bouillonnants en un Tchernobyl liquide à base de produit de vaisselle et d’eau à trente degrés.
Je dus donc écourter ma journée de travail pour aller voir l’étendue des dégâts et la suite à donner……..
