EMILE DAVIS JUNIOR

Pour finir la semaine en beauté, j'ai reçu un coup de fil du collège de mon second, pour un entretien avec son prof principal, et accessoirement son prof de tecno, suite à une digression financière en plein travaux pratiques.

Devant l'incongru de l'attitude et la morve de mon loupiot, la convocation pour parution immédiate fut obligatoire, et je dus donc me résoudre à modifier mon emploi du temps, et à ajourner mon heure quotidienne de sport, en l'occurrence piscine et manucure.

Depuis longtemps, je voulais mettre mes enfants dans le privé, mais mon Ex tenait à ce que les enfants côtoient ceux qui seraient plus tard leurs employés, secrétaires, chauffeurs, etc. etc., ils étaient donc dans le public et en souffraient en silence, cantine, salles surchargés, professeurs en arrêt maladif entre deux dépressions et une manif.

L'ainé supportait encore assez bien cet affront mais le second un peu moins, il avait du mal à comprendre ce décalage entre la maison, les amis, les vacances, les voitures, le gaspillage et l'art de ne jamais finir son assiette par politesse, de ne pas saucer avec du pain et de croiser ses couverts afin que Simone débarrasse le reliquat du dîner et ce lieu public ou il était censé apprendre les rudiments afin de pouvoir prendre la suite parentale de la holding familiale.

Le Rdv était pris pour jeudi 15 heures, passé cette heure, le corps enseignant est rentré à la maison et se met en pyjama pour attaquer la deuxième occupation de la journée qui va au choix entre le téléchargement gratuit sur internet, l'amélioration du camping car par ajout de jeux de sociétés dans les portières et la correction de copies d'un œil distrait.

Pour ce qui est du prof de tecno de mon fils, sa seconde passion à part la confection d'objet contendant à tendance libidineuse, était plutôt la dégustation en quantité de bières et autres alcools qui lui donnaient d'après mon fils des idées saugrenues passés onze heures du matin.

En effet passé cette heure avancé pour un prof et encore plus pour celui là, seul un thermo de thé à la bergamote pour le ramassis de quinquas ménopausées, et l'alcool pour le pendant masculin permettaient à ce genre humain de tenir jusqu'à l'heure de la retraite, retraite à laquelle il s'entraînaient sans le savoir en simulant par des horaires adapté le timing d'un retraité de la SNCF en cure à La Baule...................................

J'arrivais donc au collège à l'heure et je dus m'y reprendre à deux fois pour garer ma voiture de marque allemande au milieu d'une foret de Kangoo, d'un dédale de Peugeot Partner et de quelques Lada et Skoda pour ceux qui se sentaient encore solidaires de l'Europe de l'est. Je pris deux places ne pouvant me résoudre à me faire rayer la voiture par celle d’un enseignant fut il éventuellement prof de mon rejeton.

L’entretien devait avoir lieu sur le lieu du crime de lèse majesté et ce en présence du coupable et bien sûr de son professeur.

Du bout du couloir, je vis arriver donc ce prof anodin dans une parka classique et avec une démarche qui l’était moins. Mon fils m’avait prévenu que passé treize heures, le prof de tecno digérait, cuvait, siestait en une trilogie que seul un labeur harassant peut permettre.

Le mimétisme vestimentaire est une réalité en milieu hostile comme peut l’être pour moi ce collège, la filiation et la similitude avec les pays de l’est est directe brute et bon marché, de la sandale à la sacoche en Skaï, du jeans de supermarché à la parka de chez décathlon, du sac à main en simili simili et des bottines en plastique une salle de prof ressemble à une place de village un jour de marché au Turkménistan en plein mois de septembre.

Il est vrai que l'apparence n'est pas la priorité pour un prof, l'habit est obligatoire et peu ludique cela se sent (vrai) et cela se voit, ah on est loin des salons moquettés des Sofitel franciliens ou le parfum des hommes d'affaires se mélangent aux effluves captives de douces secrétaires à ambition palpable.

Je passerai sur le collier de barbe et la sacoche offerte pour la fête des pères ou le bac plus cinq à salaire minoré(prof), entasse une série de papiers qui le conforte dans son rôle social lors de ces sorties aux supermarchés et dans ces lieux de débauches ou sa carte n’arrive jamais à la hauteur de son désarroi consumériste.

Le prof a peu de goût et beaucoup de dégoût, il conchie la société de dépense inconsidérée et le montre à son accoutrement qui dépasse les règles de bienséance en milieu urbain.

On reconnaît un prof de loin par son sens évident de la faute de style, de sa façon presque volontaire de se mal vêtir et de haïr le moindre effort capillaire à des fins olfactives et libidineuses.

Ils pensent tous que Décathlon est un magasin de prêt-à-porter et y trouvent leur bonheur entre des chemises à carreaux et des pantalons en velours extensibles sans parler des chaussettes achetés par lot de six qui serviront à la rando et au trekking en salle de prof.

Mon fils qui suivait à distance cette démarche hésitante m’indiqua par quelques signes discrets que Charly (c’était le nom par lequel cet alcoolique notoire se faisait prénommer à des fins de tranquillité siestive le long de ces après midi ou les ados vissaient, soudaient, peignaient, collaient, sciaient, tchataient, pendant que Charly fermait un œil afin de récupérer d’un casse croute arrosé comme d’habitude plus que de raison)

D’ailleurs si l’alcotest existait au collège de mon fils, les cours de tecno ne pourraient pas avoir lieu et Charly serait obligé de suivre une cure.

Il était un des rares profs qui avait bricolé son casier afin d’y encastrer une glacière qu’il garnissait de caisses de HEINENKEN et autres houblonneries plus ou moins de qualité.

Comme quoi, prof de tecno, cela pouvait servir afin d’améliorer le quotidien fade de ces salles de profs ou se côtoient en des heures convenues, des complaintes et litanies sans talent de dépressives à capesse et des anxieuses désagrégées par des horaires hachés et des ados qu’elles avaient du  mal à cerner du haut de leurs pitoyables études qui les menaient tout droit vers l’incompréhension de ce monde qui bouge.

« Mr Charly, quand a lui et visiblement, avait trouvé son refuge, son réconfort. Il avait remplacé les tubes de cachets incertains par de bonnes bouteilles qu’il buvait aux yeux de toutes et tous sans prendre de gants ni de verres non plus d’ailleurs.

Le goulot, disait’il dans ses errances quasi quotidiennes a un coté charnel que le verre dissipe.

Après les salutations d’usage entre deux milieux qui s’apprécient à leur juste valeur respective, il me décrivit, tout du moins il essaya de m’expliquer comment mon fils dans un sursaut d’orgueil chevaleresque a voulu brûler un billet de  cent euros avec un fer à souder.

Certes, je puis admettre qu’un prof de base de tecno ne puisse admettre qu’un ado turgescent à prurit ambitieux puisse dans un élan, brûler l’équivalent de deux caisses de bière sans aucun remord.

J’écoutais donc d’une oreille distraite le réquisitoire embrumé de ce prof pathétique qui avait du mal à masquer un hoquet chargé comme un bus scolaire et une haleine à treize degré Celsius.

Après la litanie de reproches sous jacents à relents revendicatifs et à consonance lutte de classe……. comme quoi que….. Que si jamais il fallait que………. Qu’une bonne guerre ferait le plus grand……..

Il nous fit la leçon ponctuée de renvois odorants et parfois bruyants, montait les octaves au fur et à mesure que sa logorrhée l’enivrait, ce qui rajoutait au pitoyable de ce dur métier.

Au bout d’un quart d’heure de diarrhée verbale, il s’arrêta comme un épagneul devant un terrier et décida de punir de façon éducative mon fils en lui fixant comme punition de laver sa Fuego GTL et ce dés le mercredi suivant.

Mon fils s’effondra et fondit en larmes devant une telle sentence, je ne pus moi-même retenir une haine devant la disproportion de la faute et de la peine.

Mon fils à moi, le fils d’Emile allait laver une voiture, nous avions une semaine pour trouver un accompagnement psychologique afin qu’il ne commette un acte irréparable.

La punition était sans appel, la liasse de billets que j’avais préparé et le deal que je voulais lui proposer ne servirait à rien, je le savais, j’aurais du venir avec un cubitainer de cotes du Ventoux, voir une caisse de bières belges millésimés je pense que la correction aurait été moins dure à avaler pour mon fils.

Je savais que mon fils avait fauté………je me devais de l’accepter……

PS : Ma secrétaire vient de me prévenir que ce pédago alcoolisé sévit sur le net via un blog ou il se raconte avec une sobriété strictement littéraire( si l'on peut dire)

En lien cliquez  pour lire( no comment).......Charly le prof