Gagner sa vie ça coûte cher

Un chef d'entreprise looser aux prises avec des salariés qui ne le sont pas moins

13 janvier 2007

Correspondant de guère

Le repas du samedi soir

L’activité principale en province en dehors de l’intrigue paranoïaque propre aux endroits confinés est le repas du samedi soir.

La tyrannie de ce soir n’a d’égale que le coup de fil du lundi qui te l’annonce. En province en effet tout commence tôt pour le coup ce sera le lundi.

LUNDI :

Il va falloir faire la liste des engagés, la coucher sur une feuille de papier, éviter les erreurs de casting, encore que les stars ce n’est pas la denrée la plus courante dans un bourg de  10 0000 âmes et puis téléphoner, être le plus rapide sinon ta liste va diminuer, les invitations fusant comme les nouvelles de l’AFP un jour de dépression Wall streetienne

Bon tout cela va te prendre la matinée.

Pour un bon mix, il faut mélanger les invités et les  typologies socio culturels mais ne pas se mélanger les pinceaux.

Le résultat va dépendre ce cet art délicat et difficile.

Il faut donc un comique pour animer, un abruti pour rigoler, un médecin pour la crédibilité, un prof pour la vacuité, un gourmet pour apprécier, un alcoolo pour cuver, un affamé qui va gonfler, un érudit qui va nous gonfler, un obsédé qui va mater, un discret qui va s’ennuyer, une dépressive qui va pleurer, un winner qui va s’étaler, un looser qui va expliquer, un fonctionnaire qui va s’expliquer, des enfants qui vont hurler.

Ca c’est pour le coté cérébral si l’on peut dire, pour le coté physique ce sera varié surtout chez les dames et dans la coiffure principalement, l’effort capillaire en province est un challenge toujours renouvelé rarement égalé.

Bavarder et pérorer est la première activité de la gente féminine en province, la sortie d’école ne suffisant pas, on va attendre cette soirée pour rattraper le temps gâché à des taches ménagères et éducatives.

MARDI :

La liste terminée il va falloir en attaquer une autre, celle des courses. Que faire à manger pour épater sans se ruiner, étonner sans choquer et régaler sans se faire plumer.

Bon épater avec du pâté ce n’est pas le pied et puis le foie gras c’est dépassé, le saumon ca sent trop le supermarché  et les blinis c’est du congelé. Les plats en sauce ca fait gonfler et les conserves faut les cacher.

« CE N’EST PAS FACILE DE SE LA PETER SANS DERAPER DANS LE BUDGET »

On va donc faire du décalé, de l’exotique à moindre frais, des rouleaux de printemps en plein été, une cote de bœuf au mois de janvier, une raclette avec du rosé, un bourguignon avec des navets.

Pour les bouteilles, c’est le même calvaire, comment arriver à faire boire un petit vin local (et qui le restera) sans passer pour un handicapé de la carte premier, un sous doué du porte monnaie, un angoissé du chèque à libeller.

MERCREDI :

La journée va servir à affiner la liste des courses, le budget est arrêté. Bon ca va, on a bien géré. Les convives ont confirmé, certains vont même participer, une bouteille de rosé, un gâteau nul à chier, un bouquet de fleurs à jeter, un objet de déco à vite casser, mais ce sera toujours cela de moins à acheter.

JEUDI :

La tension monte, plus que deux jours avant cette belle soirée, les courses sont programmés, le frigo est fin prés, la femme de ménage va passer, ah ca va en jeter.

VENDREDI :

Les ennuis vont commencer et la journée n’est pas entamée. D’abord il va falloir dépenser, ce n’est pas le plus drôle de la journée.

Passer deux heures au supermarché pour éviter de se ruinerle porte monnaie.

Puis tout ranger et contrôler si rien ne manque pour cette belle journée.

SAMEDI……………JOURNEE

Le grand jour est enfin arrivé, la nuit a  été agitée, le réveil spontanée. On va pouvoir cuisiner mettre la table pour les invités  et puis attendre la soirée.

Les enfants on les a fait garder, des fois que la fête soit plus longue que prévu et qu’elle se termine de façon endiablée.

On ne sait jamais, une discussion à bâtons rompus, un fou rire qui n’en fini plus, un imprévu, un ami perdu de vue, une idée bien saugrenue, un farceur qui s’est perdue, un alcool un peu trop bu, une femme bien trop étendue sur sa vie de solitude aigue, un divorce qui n’en fini plus, un mariage corrompu, des lâchetés bien contenus, des vacuités en veut tu, que sais je encore de cette tenue ?

Mais faut pas rêver, on plonge plus souvent dans le convenu et le prévu que l’inconnu et le surplus.

SAMEDI… LA SOIREE…….tant attendue

Tout est fin prêt, la table est mise et puis les mets. Y’a qu’à mettre la tenue appropriée pour recevoir autant de vanité endimanché.

L’heure est toujours programmée, pas de dérapages sous les tropiques provinciaux ou la pendule à défaut de régler le stress et les nombreuses activités règle de façon métronomique et pendulaire l’art d’occuper un temps vide de sens le long de ces semaines rythmées par les saisons le l’ennui, déprime, mélancolie et  ses corolaires plus mouvants mais guère plus enivrants

20H30 : C’est le début des hostilités, pas facile de se garer, le parking en plus n’est pas gardé, pas chauffé non plus. Ils vont donc se les geler sous leurs manteaux cachemirés.

Et puis voilà les premiers arrivés, la tenue pas négligée. On commence par une série de bises bien appuyées, le cadeau bien emballé et la visite guidée peut commencer, la chambre du dernier né, le canapé du dernier cri, la toile inachevée d’un gland maître incontesté et ce petit objet ramené lors de son dernier congrès.

Arrivent les derniers, jamais pressés, faut tout recommencer, la visite, les descriptions, les budgets.

Et puis c’est l’apéro, les biscuits mais pas trop, les petits fours ma non tropo, un petit verre

Et puis le flot, que dis je, la vague, les paroles, les bons mots.

On se noie sous le propos, chacun ajoute son avis ses envies, on applaudit l’érudit que personne n’écoute, on tance du regard le mari qui dérape sur un non dit, on pérore, on exulte dans le verbe haut et le propos farineux , la vacuité comme colonne vertébrale et la vanité comme don de soi à la communauté bien pensante de petit bourgeois provincial engoncé dans un vide automnal qui sied bien à ces alcôves surchauffés ou le mot dit est un passe temps précieux qui effleure la vie sans jamais la regarder dans les yeux comme on peut le faire d’une douce et aimante qui t’enivre par ces promesses de félicités à venir.

Bon pendant ce temps là, toi tu as fait déjà dix kilomètres entre les visites répétées, les allers retours entre ta cuisine et le salon enfumé, la cave à vin et les wc.

La faim prenant le dessus sur la discussion, un glissement de propos vain va s’opérer vers la table de la salle à manger.

De la cuisine, une odeur alléchante réveille l’endormi qui attend qu’on le sustente, l’affamé quand à lui est déjà installé.

Le placement a lieu, en ville on panache, un homme à coté d’une femme, dans la proche banlieue, on fait dans le regroupement hormonal, cinq hommes d’un coté cinq femmes de l’autre, le tout séparé par le rituel bouquet de fleurs  et les non moins rituels bouteilles de vin.

En province, on sépare là aussi mais dans le temps, les hommes d’abord, les femmes après.

On attaque le premier plat, on devrait dire ils attaquent le premier plat, parce que toi tu vas rester debout tout le long du repas.

Un invité ca a soif, ca a faim, ca mange du pain et ca parle fort, certains par contre seront silencieux accaparés par leur instinct de survie, d’autres vont picorer obnubilés par leur propres pensées celles-ci ne laissant que peu de place à la nourriture terrestre, d’autres vont picoler avant de sombrer dans le propos éthylique et libidineux, l’un étant souvent lié à l’autre.

Les femmes quand à elles vont frôler les sommets, de lieux communs en maternité de Christian Dior à Versachééééééééé, ca va voler haut, y’en a même qui vont survoler, le mur du son ne sera jamais franchi mais on ne sera jamais loin de ce phénomène acoustique symbole de vide si l’on se plie à une torture métaphorique iconoclaste et non dénuée d’opportunisme.

Arrive le clou de la soirée, le gâteau anonyme et la bouteille de champagne codebarisée !!! !! !!!!!! !!! !!!!! !!!!!

Les coupes sont remplies de ce breuvage d’hypermarché, tout le monde est à son apogée même la soirée s’est bien passée. Les hôtes sont congratulés, vraiment tout était parfait, toi tu t’en serais bien passée. Le repas : pas vu passé L’apéro : on l’y reprendrait Non vraiment, rien à jeter, on n aurait bien emporté.

Puis arrive la séparation, le retour au quotidien, sa maison, sa vie de chien, cette mine que l’on traine du soir au matin.

Au fait c’est deux heures du matin, les autres vont se coucher, certains vont même cuver.

Toi, ta soirée n’est pas terminée, on pourrait dire qu’elle ne fait que commencer.

Va falloir débarrasser la tonne d’immondices amoncelées tout au long de cette belle nuitée, le tas d’assiettes faut les laver les verres c’est pareil mais sans les casser, après c’est un coup de balai et les cadavres de bouteilles à sortir dehors et c’est gelé.

Quand tu vois ce qu’il reste tu commences à douter sur le fait qu’ils aient aimé.

Tout cela va durer le reste de la nuit et encore t’a pas tout fait briller, t’es naze complet t’a fait que grignoter, t’as bu deux verres de rosé et encore à moitié………Tu vas te coucher et demain il ya les mêmes à aller chercher, ils n’ont pas intérêt à te faire ch………… sinon ca va barder…………………..

Posté par emile davis à 12:46 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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